La Galerie de l'Histoire

13 juillet 2017

La politique étrangère de la France sous Louis XIV

Hugues de Lionne

De 1661 à 1671, la politique extérieure de Louis XIV contraste, malgré quelques excès passagers, avec les actes de violence et l'ambition exagérée de la période suivante. A cette époque, Louis XIV, qui n'a alors que 23 ans, subit la bienfaisante influence d'un de ses collaborateurs les plus remarquables : Hugues de Lionne, marquis de Berny.

Né à Grenoble en 1611 et fils d'Abel Servien, il fut de bonne heure employé par le cardinal Mazarin pour des missions remplies avec éclat entre 1642 et 1643, en Italie à des fins de réconciliation entre le duc de Parme et le Saint-Siège, puis à Madrid, en 1656, pour poser les bases de la paix entre la France et l'Espagne, à Francfort, enfin, en 1658, pour faire élire l'empereur Léopold et constituer la Ligue du Rhin.

L'influence modératrice de ce haut personnage de l'Etat sur l'esprit du jeune Roi se marqua par des négociations pratiques visant à isoler l'Espagne pour le jour prévu où la France aurait à revendiquer tout ou partie de l'héritage de Philippe IV.

  • Les affaires d'Espagne

Comte-duc d'Olivares

L'Espagne était alors gouvernée, sous le nom de Philippe IV, par le comte-duc Gaspar de Guzman d'Olivares, homme léger et politique médiocre. La paix de Westphalie (1648) et le traité des Pyrénées (1659) avaient ruiné son autorité en Europe. Naples s'était révoltée et la Catalogne avait recouvré son indépendance. 

Philippe IV, 53 ans, pouvait être secouru par les Provinces-Unies, l'Angleterre, la Suisse ou l'Empire. N'osant pas, de peur d'éveiller leurs défiances, proposer aux Provinces-Unies le partage des Pays-Bas, Hugues de Lionne aurait voulu les constituer en république protégée ou en un Etat neutre. Cette combinaison ne semblait guère sourire à la Hollande, irritée d'autre part par les progrès de la marine marchande française et de la taxe de 50 sols par tonneau imposée par Fouquet sur tous les navires étrangers entrant dans les ports français. Pourtant, la crainte du péril espagnol amena la conclusion entre les deux Etats d'un traité d'alliance offensive et défensive le 27 avril 1662.

Louis XIV, moyennant d'insignifiantes concessions commerciales, se faisait garantir plusieurs clauses favorables à sa politique. Il rendit aux Provinces-Unies un service marqué en leur faisant obtenir de l'Angleterre un traité de bonne intelligence qui assurait leur sécurité (14 septembre 1662).

En ce qui concerne l'Angleterre, Hugues de Lionne tira habilement parti des besoins d'argent qui devaient dominer toute la politique de Charles II. Dès 1661, il obtint pour Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, la main de sa soeur Henrietta. L'année suivante, Charles II, sur les conseils de son chancelier Edmond Hyde, comte de Clarendon, vendit Dunkerque à la France pour 5 millions de livres (12 octobre 1662).

Du côté de l'Allemagne, sa diplomatie ne fut pas moins active.

Dès le mois de janvier 1663, avec 18 mois d'avance, il obtint de tous les pays cosignataires le renouvellement de la Ligue du Rhin jusqu'en 1667 et y gagna même l'adhésion du roi de Danemark. Il fit occuper Marsal en Lorraine (août 1663) et conclut une quadruple alliance avec le duc de Mecklembourg, l'Electeur de Saxe et l'Electeur de Brandebourg. A l'exception du duc de Bavière, il n'y avait pas un prince allemand un peu considérable qui ne parût enlevé aux desseins de l'Empereur.

"Les empereurs d'Allemagne ne sont ni les héritiers des Romains ni les successeurs de Charlemagne, écrit Louis XIV dans ses Mémoires ; Chefs élus d'une république allemande, ils ne peuvent prétendre à aucune supériorité sur les autres rois d'Europe dont les plus anciens, les plus puissants sont les rois de France."

Et il refusait d'entretenir toutes relations diplomatiques avec l'Empereur, parce que la notification de son Election n'avait pas été faite dans les formes qui convenaient. Léopold Ier dut le premier abaisser sa superbe et écrire directement au roi de France, à la veille de l'invasion de la Hongrie par les Turcs.

Catherine de Bragance

Bataille de Villaviciosa le 17 juin 1665

L'Espagne avait un point faible qu'un diplomate aussi habile qu'Hugues de Lionne ne pouvait manquer d'en profiter : le Portugal était entré en insurrection pour retrouver son indépendance depuis 1640. Il rapprocha d'abord ce pays de l'Angleterre en mariant la soeur de son roi, Catherine de Bragance, à Charles II. Puis il envoya un détachement de 6000 soldats, commandé par le duc de Schomberg, aider les insurgés portugais à remporter sur les Espagnols les victoires d'Hunexial et de Villaviciosa (17 juin 1665).

  • Questions de préséance

Les Anglais prétendaient forcer tous les navires étrangers à baisser pavillon devant leurs vaisseaux et Charles II avait renouvelé cette prétention. Le 25 janvier 1662, Louis XIV écrit au comte d'Estrades à ce sujet :

"Le Roi mon frère et ceux dont il prend conseil, ne me connaissent pas bien quand ils prennent avec moi des airs de hauteur et d'une certaine fermeté qui sert la menace. Je ne connais personne sous le ciel qui soit capable de me faire avancer un pas par un chemin de telle sorte et il me peut bien arriver du mal, mais pas une impression de crainte."

Et l'Angleterre céda.

Comte de Fuentes au château de Fontainebleau

Le baron de Vatteville, ambassadeur d'Espagne à Londres, réclama la préséance sur l'ambassadeur de France, le comte d'Estrades et la prit même de force dans une cérémonie publique (11 octobre 1661). Outré, Louis XIV rappela aussitôt son émissaire à Madrid, chassa celui d'Espagne à Paris et obtint que Philippe IV lui envoya une mission diplomatique, ayant à sa tête le comte de Fuentes, à Fontainebleau, le 30 mars 1662, devant les ministres de trente Etats, que son maître, fâché de l'affaire de Londres, était déterminé à prévenir le retour de pareils incidents et que "les ministres espagnols ne concourraient plus dorénavant avec ceux de la France".

Pape Alexandre VII (2)

A Rome, le pape Alexandre VII (Fabio Chigi), qui avait été élu en 1655 malgré l'opposition de la France, ne cachait pas ses sympathies habsbourgeoises.

Charles III de Créquy

D'humeur peu traitable, peu capable de patience, l'ambassadeur français auprès du Saint-Siège, Charles III de Créquy, froissa les Romains par sa hauteur et souleva des questions d'étiquette qui le brouillèrent presque avec le Pape :

Le 20 août 1662, quelques domestiques de l'ambassadeur cherchèrent querelle à des soldats de la Garde-Corse ; ceux-ci assiégèrent le Palais Farnèse, tirèrent sur le carrosse de l'ambassadrice et blessèrent trois personnes de la suite du duc. 

Louis XIV prit la chose de très haut et la qualifia avec une extrême sévérité dans une lettre adressée au Saint-Père. Il ordonna sur-le-champ la saisie d'Avignon et pendant 18 mois, il chercha, par tous les moyens possibles à isoler Alexandre VII, à le déconsidérer et l'amener à s'humilier. Finalement, par le traité de Pise (février 1664), le Saint-Siège dépêcha un émissaire spécial auprès du roi de France pour s'excuser publiquement et dut se résoudre à ériger, en face de la caserne des Corses, une pyramide commémorant l'injure fait à l'ambassadeur français en gage de réparation. Le neveu du Pape, le cardinal Chigi, vint en France avec le titre de légat pour protester, au nom de Sa Sainteté, contre les malheureux incidents du 20 août 1662, "l'intention de Sa Sainteté n'ayant jamais été que Sa Majesté fut offensée, ni M. le duc de Créquy, son ambassadeur". (1664)

  • Campagne de Hongrie (1664)

L'armée turque du Grand-Vizir Kupruli envahit la Hongrie, menaça Vienne et força l'Empereur à appeler à son aide l'Europe chrétienne. Faisant preuve, pour une fois, d'une modération inaccoutumée, Louis XIV déclara, afin de désarmer la défiance de Léopold, qu'il interviendrait en tant que pays-membre de la Ligue du Rhin.

Bataille du Raab 1er aout 1664

6000 hommes, comandés par Coligny et La Feuillade, descendirent la vallée du Danube et rejoignirent l'armée impériale près du Saint-Gothard, sur le Raab (juillet). Le 1er août 1664, eut lieu une grande bataille que perdit d'abord le général impérial Montecuculli et que le contingent français transforma en victoire par son intrépidité, après sept heures d'une mêlée furieuse.

  • Expéditions barbaresques

Expédition de Djidjelli en 1664

Les razzias commis par les pirates musulmans redoublèrent d'intensité en Méditerranée. Louis XIV songea à fonder un établissement en Afrique du Nord. Une flotte portant 6000 hommes, commandée par l'amiral de Beaufort, s'empara de Djidjelli, près d'Alger, le 23 juillet 1664. Mais il fut forcé de l'évacuer au mois d'octobre.

Pour réparer cet échec, Beaufort reçut l'ordre de croiser en Méditerranée, qu'il parcourut en vainqueur pendant toute l'année 1665 ; il imposa même à la Régence de Tunis, en novembre, un traité de paix avantageux pour le commerce français et qui reconnaissait formellement la prééminence française.

  • L'héritage de Philippe IV

"On peut dire que la succession d'Espagne fut le pivot sur lequel tourna tout le règne de Louis XIV. Elle occupa sa politique extérieure et ses armées pendant plus de cinquante ans ; elle fit la grandeur de ses commencements et les malheurs de sa fin."

(François-Auguste MIGNET, Introduction à l'histoire de la Succession d'Espagne)

Louis XIV fit révoquer l'acte de renonciation de son épouse Marie-Thérèse, dont la dot ne fut jamais payée et entama, dans la foulée, des négociations avec les Provinces-Unies en vue de se partager territorialement les Pays-Bas espagnols. Enfin, il fit reconnaitre, par le cabinet espagnol, son droit de dévolution, ce qui lui ménageait un moyen provisoire d'agrandissement en attendant que l'extinction de la famille royale espagnole lui permit de revendiquer la totalité de ses domaines.

Louis XIV, transposant en droit public une disposition de droit local privé, revendiqua, aussitôt après le décès de Philippe IV (1665), les provinces francophones constituant l'ancien cercle de Bourgogne (Hainaut, Artois et Franche-Comté). 

Aucun des négociations n'aboutit. Finalement, l'acte de renonciation avait été maintenu par Philippe IV ; l'acte de partage avec les Provinces-Unies abandonné par Louis XIV lui-même et le droit de dévolution repoussé par le gouvernement espagnol.

Jan de Witt

Louis XIV s'apprêtait alors à entrer en guerre pour faire valoir ses droits lorsqu'un événement imprévu l'obligea à ajourner ses projets : l'Angleterre venait d'entrer en conflit avec la Hollande. Et en vertu du traité signé le 27 avril 1662, le Grand-Pensionnaire, Jan de Witt, réclama l'assistance de la France. Louis XIV, qui voulait ne pas s'aliéner Charles II, se borna toute d'abord à combattre l'allié de ce dernier, Bernhard von Galen, sur ses terres épiscopales de Munster. Ce qui lui fournit un prétexte pour rassembler une armée dans le nord de la France. Puis, quand les deux puissances belligérantes eurent ouvert des négociations de paix à Bade, en mai 1667, il commença sa propre guerre sans attendre la conclusion des traités en cours.

  • La campagne de Flandre (1667)

Après avoir renouvelé la Ligue du Rhin et son accord avec le roi d'Angleterre, Louis XIV annonça officiellement à la régente d'Espagne, le 8 mai 1667, son intention d'entrer en armes dans les Pays-Bas et se saisir des provinces concernées par son droit de dévolution.

"N'entendant pas, ajouta-t-il, que ladite paix soit rompue de notre part par notre entrée aux Pays-Bas, quoique à main armée, puisque nous n'y marcherons que nous mettre en possession de ce qui nous est usurpé."

Guerre de Dévolution

En même temps, il faisait parvenir à toutes les cours d'Europe un traité des droits de la Reine Très-Chrétienne sur les divers Etats composant la couronne espagnole. Puis, marchant lui-même en tête d'une armée forte de 50 000 hommes, Louis XIV, qui avait à ses côtés le maréchal de Turenne, le comte d'Aumont et le duc de Créquy, entra aux Pays-Bas. 

En face, le gouverneur, Castel-Rodrigo, n'avait ni troupes ni approvisionnements et ne put rien entreprendre pour conserver Binche, Charleroi, Ath, Tournai, Douai et Oudenarde qui tombèrent les unes après les autres ; seule Lille, défendue par le comte de Bruayn résista pendant dix-sept jours avant de capituler à son tour le 27 août 1667.

Le 19 janvier 1668, le chevalier Jacques Bretel de Grémonville, ambassadeur de France à Vienne, signait un traité secret avec l'empereur Léopold. Aux termes de celui-ci, les deux souverains se partageaient la succession, au cas où le petit Charles - âgé de 4 ans et dont la santé semblait très fragile - décèderait, des domaines de la couronne d'Espagne. 

- Louis XIV garderait les Pays-Bas, la Franche-Comté, la Navare et le royaume des Deux-Siciles ainsi que les possessions africaines et l'archipel des Philippines.

- L'Empereur conserverait l'Espagne, le duché de Milan, la Toscane, la Sardaigne, les îles Baléares, les Canaries et les Indes occidentales.

Toute éventualité d'une guerre européenne semblait ainsi écartée en cas d'ouverture de la succession.

Malheureusement, les Hollandais, alarmés de la disparition de la barrière qui les séparait de la France, restaient obstinément sourds aux avances de Louis XIV. Le 23 janvier 1668, mettant à profit la défiance de l'Angleterre et de la Suède vis-à-vis de la France, les Hollandais conclurent avec des deux puissances la Triple-Alliance de La Haye.

Conquête de la Franche-Comté en 1668

En réaction, Louis XIV résolut d'occuper la Franche-Comté : il fit secrètement tous les préparatifs de l'expédition dont il confia la direction au prince de Condé, gouverneur de Bourgogne. Lorsque tout fut prêt, il partit de Saint-Germain le 2 février 1668 pour se mettre à la tête de ses troupes. En quelques jours, au coeur d'un hiver rigoureux, il enleva les places fortes de Besançon, Salins, Dôle et Gray, occupant tout le territoire de la province.

Le conseil de régence d'Espagne, indigné, écrivit au gouverneur que "le roi de France aurait dû envoyer son laquais prendre possession du pays au lieu d'y aller lui-même".

Louis XIV s'apprêtait à reprendre partout l'offensive quand il accepta, sur le conseil de ses ministres, la médiation de la Triple-Alliance.

Des négociations s'ouvrirent avec l'Espagne à Aix-la-Chapelle : un traité fut signé le 1er mai 1668 par lequel Louis XIV restituait la Franche-Comté tout en conservant une bonne partie des Pays-Bas.

  • La Guerre de Hollande (1671-1678)

Louis XIV gardait rancune aux Hollandais de s'être opposés à ses ambitions et n'hésita d'ailleurs pas, dans ses Mémoires, à qualifier la Triple-Alliance d'un complot organisé contre sa personne et contre les intérêts de la France. En outre, son orgueil fut blessé par les gazettes hollandaises qui le caricaturaient sous les traits d'un soleil arrêté dans sa course.

Louis XIV ruminait sa vengeance. Mais avant d'envahir les Provinces-Unies, il était nécessaire de les isoler diplomatiquement. Pendant quatre ans, il s'attela à cette tâche, négociant avec toute l'Europe. La vengeance est un plat qui se mange froid et Louis XIV était très patient...

Par le traité de Douvres, le 1er juin 1670, Charles II d'Angleterre s'engageait à joindre ses flottes et un corps de 6000 hommes aux forces françaises en cas de conflit entre la France et la Hollande. En échange de cette concession, Charles II était assuré de percevoir une rente annuelle de 3 millions de livres versée par la France.

Arnauld de Pomponne

Par le traité du 14 avril 1672 avec la Suède, Arnauld de Pomponne, qui venait de remplacer Hugues de Lionne aux Affaires étrangères,  négocia une rente annuelle de 600 000 écus, en échange de laquelle le roi de Suède s'engageait à mettre 16 000 de ses soldats à la disposition de la France ou au cas où les princes allemands viendraient à marcher au secours des Provinces-Unies si un conflit devait éclater.

Louis XIV parvint encore à arracher la neutralité de l'Empereur, par un traité conclu à Vienne, le 1er novembre 1671.

De son côté, la régente d'Espagne signait un pacte d'alliance avec la Hollande, le 17 décembre 1671 ; mais celui-ci devait rester finalement sans effet au moment de la guerre.

En prélude aux hostilités, une querelle de tarifs douaniers, habilement exploitée par Colbert, s'ouvrit entre la France et la Hollande. La déclaration de guerre fut lancée le 6 avril 1672.

Pour atteindre la Hollande sans toucher les Pays-Bas espagnols, Louis XIV s'était assuré de l'alliance de l'Electorat de Cologne et de l'évêché de Munster ; les Etats généraux des Provinces-Unies ne se fiaient qu'à leur marine et s'étaient bornés à donner le titre de capitaine-général au prince d'Orange.

Franchissement du gué de Tolhuis 12 juin 1672

L'armée française contourna Maastricht et prit Orsoy, Wesel, Rhinberg et Burick, se rendant ainsi maître des deux rives du Rhin. Feignant alors de menacer l'Yssel, gardé par le prince d'Orange, les Français arrivèrent devant le Lech, défendu par Montbas et le 12 juin, au matin, ils franchissaient le gué de Tolhuis.

Charles-Paris d'Orléans, Duc de Longueville

Les cuirassiers se mirent à l'eau et s'emparèrent de la rive opposée. Toute aurait été terminé si le jeune Charles-Paris d'Orléans, duc de Longueville, neveu de Condé, n'avait mené un engagement qui lui coûta la vie. Ayant tiré un coup de pistolet sur des fantassins qui demandaient grâce à genoux, il se justifia de son geste en criant : "Point de quartier pour cette canaille !" Les Hollandais reprirent les armes et d'une décharge, ils tuèrent Longueville. La panique et la débandade se mirent toutefois dans leurs rangs lorsque Condé sortit du fleuve en montant sur son cheval, ce qui ne l'empêcha pas de recevoir un coup de pistolet qui lui fracassa le poignet : c'est la seule blessure qu'il recevra de toutes ses campagnes.

Louis XIV put passer le fleuve avec son infanterie sur un pont de bateaux.

Les Français occupèrent tous les points du territoire hollandais : le duc de Luxembourg occupait Zwelle et Groningue, pendant que le gros de l'armée achevait de conquérir Gueldre, Duisbourg et Zutphen. Turenne prenait Arnhem et investissait Nimègue. Enfin, le marquis de Rochefort lançait un détachement sur Muyden, à deux lieues d'Amsterdam. Utrecht même fut assiégée et envoya ses clefs le 20 juin 1672.

Turenne proposa de marcher directement sur Amsterdam mais Louvois préféra mettre une garnison dans les places déjà conquises. Ce qui laissa le temps aux Hollandais de crever leurs digues et de laisser la mer inonder leur pays. Amsterdam était sauvé.

Bataille navale de Solebay le 7 juin 1672

Sur mer, une grande bataille navale fut livrée le 7 juin 1672 dans la baie de Solebay. Elle opposa la flotte de l'amiral Ruyter à la flotte franco-anglaise commandée par l'amiral Jean d'Estrées ; une lutte acharnée s'engagea et se prolongea jusque dans la nuit sans que la victoire fut décidée : les franco-anglais avaient perdu huit vaisseaux, les Hollandais, trois. Les côtes de Hollande étaient sauvées.

Dès le 16 juin 1672, des pourparlers de paix furent engagés entre les Etats généraux des Provinces-Unies et la France. Des émissaires hollandais furent dépêchés auprès de Louis XIV qui les renvoya en leur demandant de lui apporter des propositions fermes.

Ils revinrent le 29 juin en offrant au vainqueur les villes du Rhin, Maastricht, le Brabant, la Flandre hollandaise ainsi qu'une indemnité de 10 millions. Louis XIV exigea en plus Nimègue, la Gueldre méridionale, l'île de Bommel, la suppression du tarif douanier sur les produits français, la liberté de culte pour les catholiques hollandais et l'envoi d'une ambassade annuelle qui lui porterait une médaille commémorative de sa clémence.

Ces exigences irritèrent les Hollandais. Dès le 22 juin, un mouvement d'insurrection populaire éclata contre les notables, accusés de n'avoir pas su ni prévoir ni empêcher l'invasion des Français. Jan de Witt fut blessé par des assassins ; le stathoudérat fut rétabli en faveur du prince d'Orange, le 8 juillet. Celui-ci, plus ferme que son prédécesseur, repoussa définitivement les propositions de Louis XIV.

La conquête se trouvant suspendue par l'inondation, Louis XIV revint à Versailles.

  • La campagne de 1673

Les ambitions françaises commencèrent à affoler toute l'Europe. En Hollande, Jan de Witt et son frère, Cornelius, furent lynchés par la populace pour avoir imploré la paix. Le 12 août 1672, leurs partisans furent déchus de leurs charges. Alors commença la dictature du Statthouder qui imprima à la guerre une violente impulsion.

Malgré ses engagements, l'Empereur conclut un accord avec l'Electeur de Brandebourg, allié de la Hollande. La Triple-Allance devint la Quadruple-Alliance de La Haye

Louis XIV réagit avec promptitude et résolution:

Il envoya Condé en Alsace avec 170 000 hommes pour couvrir le haut Rhin et Turenne en Westphalie avec 110 000 hommes pour défendre le bas Rhin.

En septembre, Turenne passa à l'offensive et trouve en face de lui les autro-brandebourgeois qu'il refoula  de l'autre côté du Rhin. Dans le même temps, le maréchal de Luxembourg battait le prince d'Orange à trois reprises : devant Nalden, Wörden et Charleroi (décembre).

Au début de 1673, Turenne, méprisant les ordres de Louvois qui, par jalousie, lui avait prescrit d'arêter sa marche, s'avança de nouveau contre l'Electeur de Brandebourg et le força, par le traité de Vassem (26 juin 1673) à garder sa neutralité. Louis XIV investissait et premait Maastricht.

Bataille du Texel 20 aout 1673

Le 20 août 1673, l'amiral Ruyter, par la bataille navale du Texel, empêcha une flotte de 90 navires anglais de débarquer des troupes sur la côte hollandaise.

Dix jours plus tard, l'Espagne vint renforcer la coalition. En même temps, la France perdait ses alliés : pressé par ses sujets, le roi d'Angleterre faisait la paix avec la Hollande (9 février 1674).

La guerre changeait d'aspect.

La France, dorénavant seule contre tous, sans autre allié que la Suède, évacua toutes ses conquêtes, sauf Grave et Maastricht et porta désormais ses vues et ses armes dans le voisinage du royaume pour s'attaquer aux Espagnols.

  • La conquête de la Franche-Comté (1674)

"La plupart des princes de l'Europe s'étaient ligués contre moi, écrit Louis XIV dans ses Mémoires ; J'avais mes troupes divisées en Allemagne, en Hollande, en Flandre, sur mes frontières et peu dans mon royaume. Mes ennemis étaient postés de manière qu'ils pouvaient traverser les retraites et les jonctions que je voudrais faire et empêcher que chaque partie séparée pourrait entreprendre ... Il me fallait résoudre à perdre presque toutes mes conquêtes éloignées et penser à en faire dans les endroits où je pourrais attaquer et me défendre."

La Hollande fut donc évacuée.

Louis XIV au siège de Besançon

Louis XIV résolut de conquérir en personne la Franche-Comté ; Turenne était chargé de le couvrir en Alsace et en Lorraine. Dans le même temps, Schomberg défendait le Roussillon et Condé fortifiait les positions françaises sur la Meuse pour tenir tête au prince d'Orange.

La Franche-Comté, poste avancé de la coalition, fut conquise. Après avoir calmé par de l'argent et des promesses les alarmes des Suisses, Louis XIV envoya, début février, le duc de Luxembourg occuper Ornans, Pontarlier et Baume-les-Dames, puis vint avec Vauban et 200 000 hommes faire le siège des places fortes. Besançon capitula le 20 mai 1674, Dôle tomba le 7 juin ; Turenne, près de Bâle, empêchait le duc de Lorraine de secourir la province.

  • Bataille de Seneffe (1674)

Le projet de la coalition était de pénétrer par le nord en Champagne et en Picardie, par l'Est de la France.

Bataille de Seneffe 11 aout 1674

Au Nord, Condé tint tête parès de Charleroi aux 60 000 Impériaux et Hollandais du prince d'Orange qui, n'ayant pu le faire sortir de ses retranchements, esquissa un mouvement de retraite le 11 août 1674.

A cette vue, Condé s'élança, battit l'arrière-garde ennemie à Seneffe, puis s'avança jusqu'au village de Saint-Nicolas-du-Bois, forçant le prince d'Orange à se réfugier sur la hauteur du Fayt. Il commit l'imprudence de l'y poursuivre et de l'y attaquer une troisième fois mais ne put enlever la position, malgré un combat acharné jusqu'au clair de lune. Condé perdit 23 000 hommes dans cette bataille.

"Nous avons tant perdu à cette bataille, a écrit Mme de Sévigné, que sans le Te Deum et quelques drapeaux portés à Notre-Dame, nous croirions avoir perdu le combat".

Le prince de Condé força Guillaume à lever précipitamment le siège d'Oudenarde (21 septembre) et la campagne se termina sans autre avantage pour la coalition que la prise de Dinant, de Ruy et l'occupation de Grave (26 octobre).

 

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12 juillet 2017

Du Président Louis-Napoléon à Napoléon III (1851-1870)

Louis-Napoléon BONAPARTE (1)

Elu à la présidence de la République le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte arrivait à la fin de son mandat et selon les termes de l'article 48 de la Constitution, il lui était impossible de prétendre à une réélection immédiate sauf à laisser un intermède de quatre années. Or il aurait bien voulu se présenter de nouveau, d'autant que de nombreuses pétitions et des voeux émanant des conseils généraux approuvaient ses vues. Mais l'Assemblée rechigna et malgré tous les efforts déployés par le député Tocqueville, rapporteur du projet de révision constitutionnelle, campa sur ses positions.

Un bras de fer entre le président Louis-Napoléon et l'Assemblée s'engagea dès lors.

Le 13 novembre 1851, Louis-Napoléon fit proposer le rétablissement du suffrage universel : la majorité s'y opposa par 355 voix contre 348, oubliant qu'elle gagnait ainsi au président plus de 3 millions d'électeurs écartés des urnes par la loi de 1850.

Le président n'avait donc plus d'autre alternative, s'il voulait débloquer la crise politique qui avait éclaté entre lui et cette Assemblée obtue, que de recourir à un coup d'Etat.

  • Le coup d'Etat du 2 décembre 1851

Coup d'Etat (préparation)

Le lundi soir (1er décembre) eut lieu à l'Elysée une réception ordinaire et le président conserva un tel sang-froid que personne ne se doutait des événements importants qui se préparaient. A 23 heures, après que les derniers invités eurent quitté le palais, Louis-Napoléon monta jusqu'à son cabinet où l'attendaient déjà le général de Saint-Arnaud, ministre de la Guerre ; son demi-frère, le duc de Morny ; Maupas, le préfet de Police et le colonel de Béville, son aide de camp. Le coup d'Etat pouvait commencer.

Dans la nuit, on afficha sur les murs de Paris deux décrets présidentiels : l'un prononçait la dissolution de l'Assemblée nationale et du Conseil d'Etat, l'autre abrogeait la loi de 1850 et rétablissant le suffrage universel, convoquait les citoyens aux urnes pour se prononcer par plébiscite. 

L'état de siège fut également institué dans toute l'étendue de la première division militaire. Pendant ce temps, la troupe, commandée par le général Espinasse, investissait le Palais-Bourbon : les députés Thiers, Roger et Charras qui complotaient en vue de renverser le régime et restaurer le trône des Orléans, furent mis aux arrêts sur-le-champ et conduits à la prison de Mazas.

Au matin du 2 décembre, toutes les portes de l'Assemblée nationale étaient fermées et tous les accès qui y conduisaient barrés : la rue de Bourgogne, le pont et la place de la Concorde furent placés sous le contrôle de l'armée.

Mairie du Xe arrondissement décembre 1851

Un député légitimiste, l'avocat Pierre-Antoine Berryer, tenta, avec ses autres collègues parlementaires, d'organiser la résistance légale. Il réunit à la mairie du Xe arrondissement (aujourd'hui le VIIe), mise à sa disposition par le maire Augustin Cochin, 218 députés parmi lesquels Falloux, Montebello, Oudinot, Lauriston, Jules de Labeyrie, le duc de Broglie, Piscatory, Odilon Barrot qui avaien vainement essayé de forcer les portes du Palais-Bourbon.

Berryer y fit acclamer un décret prononça la déchéance du président Louis-Napoléon et autre annonça la remise en liberté des représentants arrêtés. Mais un détachement militaire, commandé par le général Forey, arriva rue de Grenelle et n'eut aucun mal à procéder à l'arrestation des députés et de les conduire jusqu'à Mazas où les attendaient déjà leurs collègues.

Alphonse BAUDIN 3 décembre 1851

Pendant ce temps, un autre comité de résistance, plus dur, s'était organisé à l'appel des députés républicains, parmi lesquels Victor Hugo, Schoelcher, Madier de Montjau, Hippolyte Carnot et l'avocat Jules Favre. Le 3 décembre, au faubourg Saint-Antoine, le député Alphonse Baudin se fit tuer sur une barricade après qu'une ouvrière lui avait dit ironiquement : "Vous croyez que nos hommes vont se faire tuer pour vos 25 francs ?" et Baudin avait répondu : "Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs !"

Sur les boulevards, les généraux Canrobert et Reybel eurent tôt fait de balayer les quelques ilôts de résistance qui purent s'y trouver. Le 5 décembre 1851, au matin,  le calme et l'ordre régnaient dans Paris.

Une trentaine de départements, qui avaient la réputation de voter à gauche et qui étaient susceptibles d'abriter une société secrète républicaine, furent placés en état de siège. Des commissions mixtes, composées du préfet, d'un commandant militaire et d'un procureur, furent mises en place afin de statuer sur le sort des individus suspects arrêtés par la police ou par l'armée. Elles frappèrent  non seulement tous ceux qui, par le passé, avaient participé à des activités rebelles mais aussi ceux qui, considérés comme des "éléments pernicieux", représentaient une menace pour la société. Les uns furent déportés à Cayenne ou en Algérie, les autres expulsés du territoire français, tels Thiers, Rémusat, Edgar Quinet ou Victor Hugo, sommés de quitter la France dans les plus brefs délais.

Jules Simon en 1851

Le 7 décembre 1851, Jules Simon, qui était du nombre des proscrits, s'adressa en ces termes à ses étudiants de la Sorbonne :

"Messieurs, je vous fais ici un cours de morale, leur dit-il, je vous dois aujourd'hui non une leçon mais un exemple. La France est convoquée dans ses comices pour blâmer ou approuver les événements qui viennent de se passer. N'y eût-il qu'un blâme, je viens vous dire publiquement que ce sera le mien !"

  • La Constitution du 14 janvier 1852

Les 20 et 21 décembre 1851, des registres furent ouverts dans chaque ville et village de France et le peuple eut à se prononcer, par oui ou par non, au scrutin secret, sur la résolution suivante :

"Le peuple veut le maintien de l'autorité de Louis-Napoléon Bonaparte et lui donne les pouvoirs nécessaires pour faire une Constitution d'après les bases établies dans sa proclamation du 2 décembre".

Le plébiscite donna les résultats suivants :

7 439 216 oui

640 757 non

36 820 bulletins nuls

En conséquence, une commission fut désignée en vue d'élaborer une nouvelle Constitution. Le texte, rédigé en hâte, entra en vigueur le 14 janvier 1852.

Constitution du 14 janvier 1852

La nouvelle Constitution établissait un régime présidentiel. Le président, dorénavant élu pour 10 ans, disposait d'un pouvoir quasi-souverain : il était chef des armées, pouvait seul déclarer la guerre, conclure les traités, nommer aux emplois civils ou militaires. Il était responsable seulement devant le peuple auquel il avait toujours le droit de faire appel. Il avait seul l'initiative des lois, qu'il sanctionnait et promulguait, ainsi que les senatus-consulte. Les ministres ne dépendaient que du chef de l'Etat et chacun d'eux n'était responsable que des actes de son département. Ils ne pouvaient pas être membres du Corps législatif et n'assistaient pas à ses séances.

Le Corps législatif (261 députés) était élu pour 6 ans au scrutin d'arrondissement à raison d'un député pour 35 000 électeurs. Les sessions ordinaires duraient trois mois ; les séances étaient publiques mais, sur la demande de cinq membres, l'Assemblée pouvait se former en comité secret. Les journalistes n'étaient pas autorisés à commenter les séances mais seulement à reproduire le procès-verbal dressé à l'issue par le Président. A lui seul appartenait le droit de convoquer, d'ajourner, de proroger ou de dissoudre la Chambre.

Le Sénat (150 membres au plus) comprenait des cardinaux, des maréchaux, des amiraux et même des citoyens que le Président estimait convenable d'élever à la dignité sénatoriale. Le Sénat était vu comme "le gardien du pacte fondamental et des libertés publiques". Aucune loi ne pouvait être promulguée avant de lui avoir été soumise et il avait le devoir de s'opposer à la promulgation de celles qui portaient atteinte à la religion, à la morale, à la liberté des cultes, à l'inviolabilité de la propriété ou à la défense du territoire. Il réglait par senatus-consulte tout ce qui n'était pas prévu par la Constitution. Ses séances n'étaient pas publiques.

Le Conseil d'Etat, enfin, préparait les projets de loi. Ses membres soutenaient les débats devant le Sénat et le Corps législatif. Tout amendement était renvoyé sans discussion au Conseil d'Etat et en cas de rejet par celui-ci, ne pouvait plus être mis en délibération.

  • La marche à l'Empire

Napoléon III (2)

Encouragé par le résultat satisfaisant des élections générales qui eurent lieu le 29 février 1852 et porté par une majorité favorable, Louis-Napoléon reprit, dès la clôture de la session parlementaire, ses voyages dans les départements pour prendre le pouls de l'opinion publique. Ainsi, à Bordeaux, il prononça un discours demeuré célèbre :

"Il est une crainte à laquelle je dois répondre. Par esprit de défiance, certaines personnes disent : l'Empire, c'est la guerre. Moi, je réponds : l'Empire, c'est la paix ; c'est la paix, car la France la désire et lorsque la France est satisfaite, le monde est tranquille. La gloire se lègue bien à titre d'héritage mais non la guerre ... La guerre ne se fait pas par plaisir, elle se fait par nécessité ; et à ces époques de transition où partout, à côté de tant d'éléments de prospérité, germent tant de causes de mort, on peut dire avec vérité : malheur à celui qui, le premier, donnerait en Europe le signal d'une collision dont les conséquences seraient incalculables."

A son retour, le Sénat vota un senatus-consulte rétablissant la dignité impériale le 7 novembre 1852.

Par 7 824 189 suffrages contre 153 145, 63 326 bulletins nuls et près de 2 millions d'abstentions, le Président fut proclamé Empereur des Français sous le nom de Napoléon III et la dignité impériale déclarée héréditaire dans sa descendance directe et légitime (21-23 novembre).

Le 2 décembre 1852, jour-anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d'Austerlitz, Napoléon III fixait sa résidence au palais des Tuileries.

Le théâtre sous Louis XIV : Molière

Molière

Jean-Baptiste POQUELIN, dit Molière (1622-1673), fils d'un maître-tapissier du Roi, fut élevé au collège de Clermont et destiné au barreau mais, irrésistiblement attiré par le théâtre, il débuta obscurément à Paris avant de parcourir la France en tant que chef d'une troupe de comédiens itinérants, composant lui-même ses pièces.

Il parait enfin devant le Roi dans la salle des gardes du vieux Louvre le 2 octobre 1658 et se fixa immédiatement à Paris comme chef de la troupe de Monsieur, au Petit-Bourbon où il obtint un grand succès avec les Précieuses Ridicules (1659) et Sganarelle (1660) ; puis il se transporta au Palais-Royal (1661) et fit représenter l'Ecole des maris aux fêtes de Vaux, en 1662.

Blessé par les critiques de comédiens rivaux et par les attaques du parti des dévots, il riposta par l'Impromptu de Versailles dont il fit jouer devant le Roi les trois premiers actes en 1664.

Le Roi conservait son appui à Molière dont la compagnie devint officiellement troupe royale en 1665. Celle-ci entra alors en concurrence avec celle de l'Hôtel de Bourgogne et celle du Marais. Toujours sur la brèche, à la fois comédien, directeur et metteur en scène, il était le fournisseur attitré des spectacles de la Cour et la quasi totalité de son oeuvre dut être parfois improvisée sur commande.

Fatigué, parfois abattu, il ne cessa pourtant jamais de produire. Les dernières années de sa vie furent cependant assombries par une incompatibilité d'humeur avec son épouse, Armand Béjart, de vingt ans sa cadette, très coquette, frivole et fort courtisée.

C'est le 17 février 1673 qu'il s'éteignit, à l'âge de 51 ans, juste après avoir joué le Malade imaginaire

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La misère des campagnes françaises à la fin du XVIIe siècle

Louis Phélypeaux de Pontchartrain

L'administration des successeurs de Colbert au contrôle général des Finances, Le Péletier et surtout celle de Louis Phélypeaux, marquis de Pontchartrain, fut déplorable pour l'agriculture.

Ce dernier prohiba tous les baux de plus de 9 ans, ce qui découragea toute tentative d'amélioration du sol de la part du fermier. Il taxa tous les grains, au risque de faire le vide sur les marchés. Il alla même jusqu'à soumettre les détenteurs de céréales à des visites domiciliaires et les obligea à les vendre au tarif fixé par les autorités locales.

Le laboureur, livré d'une part aux exactions fiscales et d'autre part découragé par les entraves apportées au commerce des produits agricoles, quitta ses champs pour rejoindre la ville. Dans toute la France, un courant d'émigration se dessina rapidement : la Touraine, l'Auverne, le Dauphiné furent presque dépeuplées. En 1693, la famine ravageait le Berry, le Poitou, le Bordelais, la Lorraine, le Blésois, qui étaient pourtant les provinces les plus riches de France. Le pain de parait plus dans la chaumière du paysan, qui vit exclusivement de raves et de châtaignes partagées entre lui et son bétail.

Repas de Paysan - Le Nain

De 1698 à 1715 la disette est continuelle. L'émouvant passage où La Bruyère dépeint les paysans du XVIIe siècle est assez significatif :

"L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent de nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé."

La souffrance des paysans contrastait violemment avec le faste de la Cour et de la ville ; Fénelon, dans sa lettre à Louis XIV, donne des détails navrants sur les misères physiques et morales des laboureurs.

Les grands chemins de la campagne ne cessaient de grossir de mendiants que la faim et le dépouillement avaient chassés loin de chez eux.

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L'oeuvre agricole de Colbert en France

Colbert

Colbert fit entrer l'agriculture française dans une nouvelle phase.

Il lui prodigua les plus sérieux encouragements et s'efforça de la soustraire aux abus de la fiscalité comme aux exactions de la guerre. Il ordonna le rachat des péages les plus onéreux, la remise des tailles arriérées et la réduction des tailles coûtantes. Il fit restituer aux paroisses rurales les biens qu'elles avaient cédés à vils prix ou dont on les avait dépossédées de mauvaise foi ; il les dégrèva de leurs dettes et pour faciliter le crédit agricole, il fit abaisser l'intérêt légal de 5,5 à 5%.

Dans une circulaire du 6 janvier 1670, Colbert rappelait aux Intendants que la multiplication du bétail était, pour les provinces, une des principales sources de la richesse publique : cette augmentation du cheptel resta toujours une des préoccupations les plus vives. Il accorda donc des primes aux éleveurs, défendit, par des ordonnances, de saisir le bétail "si ce n'est pour fermages". Il prescrivit de laisser au débiteur "pour se soutenir, une vache, trois brebis et deux chèvres."

Enfin, pour améliorer les races locales, il fit venir de Suisse des bêtes bovines ; de Flandre, d'Angleterre et d'Espagne, des béliers qu'il faisait distribuer gratuitement aux cultivateurs indigents.

Il créa encore les Ponts et Chaussées, dont les travaux, en améliorant les villes terrestres et fluviales, favorisèrent le développement de l'industrie des transports et par contre-coup, la production agricole. Il réorganisa aussi l'administration des haras ; il envoya chercher en Frise, en Allemagne, au Danemark et même jusqu'en Afrique du Nord, des étalons qui furent distribués dans les régions les plus favorables à leur utilisation.

Ordonnance des Eaux et Forêts 1669

En 1669, il fit rendre la fameuse ordonnance sur les Eaux et Forêts, applicable dans tout le royaume et dont un grand nombre de dispositions restent toujours en vigueur dans les réglements actuels, notamment l'interdiction de la chasse sur les terres cultivées.

Enfin, une autre ordonnance, datant de 1677, attribuait la propriété des terres domaniales restées incultes à ceux qui lers auraient défrichées dans un délai déterminé.

Pour donner une plus forte impulsion au commerce agricole et surtout concurrencer la Hollande qui possédait entre 1500 et 1600 navires, soit les trois quarts de la flotte mondiale d'alors, Colbert créa la Compagnie du Nord en 1669 avec pour mission de porter directement dans les régions septentrionales les produits français.

Marseille fut déclaré port franc et fut fondée la Compagnie du Levant pour ouvrir des débouchés à l'agriculture française jusque dans l'Empire ottoman.

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La conquête de la Franche-Comté par Louis XIV (1674)

La Conquête de la Franche-Comté par Louis XIV (2)"La plupart des princes de l'Europe s'étaient ligués contre moi, écrit Louis XIV dans ses Mémoires, j'avais mes troupes divisées en Allemagne, en Hollande, en Flandre, sur mes frontières et peu dans mon royaume. Mes ennemis étaient postés de manière qu'ils pouvaient traverser les retraites et les jonctions que je voudrais faire et empêcher ce que chaque partie séparée pourrait entreprendre ... Il me fallait résoudre à perdre presque toutes mes conquêtes éloignées et penser à en faire dans les endroits où je pourrais attaquer et me défendre."

Louis XIV était résolu de conquérir en personne la Franche-Comté ; Turenne était chargé de le couvrir en Alsace et en Lorraine. Dans le même temps, Schömberg défendait le Roussillon et le prince de Condé fortifiait les positions sur la Meuse pour tenir tête au prince d'Orange.

La Franche-Comté, poste avancé de la coalition, fut conquise.

Après avoir calmé par de l'argent et des promesses les alarmes des Suisses, Louis XIV envoya, début février, le duc de Luxembourg occuper Ornans, Pontarlier et Baume-les-Dames, puis vint avec Vauban et 200 000 soldats faire le siège des places fortes.

Besançon capitula le 20 mai 1674, Dôle tomba le 7 juin ; Turenne, près de Bâle, empêchait le duc de Lorraine de secourir la province.

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11 juillet 2017

La Révolution de 1848 en France

Louis-Philippe 1848

En s'opposant à toute réforme, Guizot n'était que le fidèle exécuteur de la volonté du roi Louis-Philippe. Celui-ci devenait, en vieillissant - il avait alors 73 ans - de plus en plus autoritaire, irascible et entêté dans ses idées. Depuis la mort prématurée de son fils aîné, le très populaire duc d'Orléans,  victime d'un accident de calèche à Neuilly le 13 juillet 1842, il n'y avait plus personne qui pût vraiment influer sur lui. Alors qu'une soixantaine de députés de la majorité lui firent exposer, par la voix de Guizot, l'avis que des concessions étaient aussi urgentes que nécessaires, Louis-Philippe répondit : "Dites à ces messieurs de passer à la gauche, je n'ai plus besoin d'eux".

Il éloigna même de la Cour en l'envoyant en mission en Afrique l'un de ses fils, le prince de Joinville, qui, sentant le péril suscité par la politique personnelle de son père, avait laissé voir sa désapprobation.

Ne lisant plus la presse, ne voulant plus écouter aucun avis, il ne soupçonnait rien du mouvement des esprits ni de l'état troublé de l'opinion publique en France. Le duc de Morny qui, à la fin de 1847, tenta vainement de l'éclairer, s'attira cette réponse : "Soyez sans crainte, jeune homme, lui dit-il, la France est un pays que l'on mène avec des fonctionnaires".

Peu après, aux derniers jours de janvier 1848, recevant en audience de congé le prince von Radowitz, ambassadeur du roi de Prusse : "Dites bien à votre maître que deux choses sont désormais impossibles en France : la révolution et la guerre."

Louis-Philippe était du reste, dans une certaine mesure, aveuglé par l'éclatante prospérité économique de la France. L'agriculture, et plus encore l'industrie, avaient accompli de considérables progrès et la valeur globale des produits industriels français se chiffraient en milliards.

  • La campagne des banquets

Pour vaincre l'obstination du roi et son principal ministre, les partisans de la réforme, à leur tête Odilon Barrot, Thiers, etc., résolurent de faire appel à l'opinion.

Banquet de 1847

De juillet à décembre 1847, ils organisèrent, dans toute la France, un immense pétitionnement en faveur de leur projet. La pétition devait être signée dans des banquets où des orateurs, généralement des députés, exposaient aux participants la nécessité de la réforme. Il y eut des banquets organisés dans toutes les villes de quelque importance.

Au dernier que l'on organisa en province, à Rouen, on compta 1800 convives. Presque dès le premier banquet, à Mâcon, le poète Alphonse de Lamartine, après avoir flétri le régime de la corruption, prédisait à brève échéance une révolution si la royauté continuait ainsi à "s'entourer d'une aristocratie électorale au lieu de se faire peuple tout entier". (18 juillet 1847)

  • Les radicaux et l'idée du suffrage universel

L'initiative de la campagne des banquets appartenait à des députés orléanistes, donc attachés à la monarchie mais les républicains, s'ils avaient renoncé à l'insurrection, n'avaient pas moins renoncé à leurs espérances. Ils s'associèrent donc à la campagne réformiste. Ils y virent, en effet, selon le mot de l'un d'eux, le moyen "de recommencer ce qu'on avait manqué en Juillet" et de prépare la ruine de la monarchie.

Alexandre LEDRU-ROLLIN

Quelques-uns, du reste, n'appelaient pas seulement à une réforme mais à une révolution complète dans le système électoral. Ils voulaient l'abolition du cens et l'établissement du suffrage universel. On les appelait les radicaux, du nom donné en Angleterre aux partisans des mêmes idées. Leur chef de file était un certain Alexandre Ledru-Rollin, avocat, journaliste et député qui exposait son programme dans une feuille qu'il avait fondée exprès, la Réforme.

 

  • L'émergence d'un "parti" socialiste

Les réformistes surent encore pour auxiliaires la plupart des adhérents d'un "parti" nouveau, formé depuis 1830, le parti socialiste. En fait, sous le nom de socialistes, on désignait tous ceux qui estimaient l'oeuvre accomplie par la Révolution de 1789 comme incomplète ; c'étaient, pour la plupart, des ouvriers des grandes villes. Ce désir de réformes sociales était né de leur misère.

En effet, la Révolution de 1789, d'essence pro-bourgeoisie et libérale, avait fortement déterioré la condition économique des ouvriers et petits artisans. La suppression des corporations, qui, sous l'Ancien Régime, jouaient le rôle de sociétés de secours mutuels, priva les ouvriers de tout système d'entraide ; de même était interdit, depuis la loi Le Chapelier de 1791, la formation de toute association professionnelle - en gros, de syndicats - et la possiblité de faire grève en vue d'obtenir de meilleurs salaires.

  • Les journées de février 1848

La campagne en faveur de la réforme devait s'achever à Paris par un dernier grand banquet ; il devint, à la surprise générale, l'occasion du renversement de Louis-Philippe.

 

Place de la Concorde 22 février 1848 (2)

Le banquet devait avoir lieu le mardi 22 février 1848 à midi, dans un local situé en haut de l'avenue des Champs-Elysées. 87 députés, soit à peu près toute l'opposition, avaient promis d'y assister. Les souscripteurs étaient convoqués pour 11 heures place de la Madeleine et de là on devait se rendre au banquet en cortège pacifique. L'interdiction formelle de la préfecture de Police, pas plus que la pluie, n'empêcha pas les curieux de se rendre en foule à la Madeleine et sur la place de la Concorde. Dans l'après-midi, la Garde municipale chargea plusieurs fois pour faire circuler cette foule. A la nuit tombante, dans quelques rues, on commençait à ériger des barricades ; on tenta de piller les boutiques d'armuriers. Toutefois, rien de tout cela ne semblait grave. La foule n'était point hostile et semblait plus disposée à crier qu'à agir ; d'autre part, la pluie persistante et le froid déterminaient combre de manifestants à rentrer chez eux ; enfin, le gouvernement disposait de 30 000 hommes de troupe pour assurer l'ordre public. Si bien que les chefs républicains, réunis dans les locaux du journal La Réforme, décidèrent, sur les instances du socialiste Louis Blanc et de l'avocat Ledru-Rollin, de ne rien tenter afin de ne pas conduire "la démocratie à la ruine et le peuple à la boucherie".

Pourtant, dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23, de nombreuses barricades furent élevées dans les quartiers du centre, rue Saint-Denis, rue Saint-Martin, etc. D'autre part, les Gardes nationaux, qu'on venait d'appeler aux armes pour la première fois depuis 1840, se montraient peu disposés à appuyer la troupe : ils étaient majoritairement favorables à la réforme qui feraient d'eux des électeurs.

  • Chute de Guizot

Le mercredi, deux incidents significatifs se produisirent entre 11 heures et midi, l'un place des Victoires et l'autre sous les fenêtres même du palais des Tuileries.

La place des Victoire était occupée par des troupes et les gardes nationaux. Comme la foule menaçait de l'envahir, un peloton de cuirassiers reçut l'ordre de charger. On vit alors les gardes nationaux se jeter entre les manifestants et les cuirassiers et croiser la baïonnette sous le nez des chevaux.

A la même heure, un bataille de la Garde Nationale défilait au Carrousel ; au moment où ils passèrent dans la grille du palais des Tuileries, il se mit à crier : "Vive la réforme ! A bas Guizot !" avec une telle force que le roi l'entendit depuis son cabinet, situé sur l'autre face du château.

Louis-Mathieu Molé

Ce double incident fit enfin comprendre à Louis-Philippe la gravité du mouvement. A deux heures et demie, après avoir déclaré qu'il ne voulait pas de coups de fusil, il demanda à Guizot de démissionner et chargea Louis-Mathieu Molé de former un nouveau gouvernement. 

La nouvelle de la démission de Guizot cause une joie immense à mesure que la nouvelle se diffusait dans toutes les rues de Paris. Le soir, Louis-Philippe s'adressant au peintre Horace Vernet, lui dit à propos des événements de la journée et de la veille : "Un feu de paille ! Il s'éteindra de lui-même ; il ne sera même pas nécessaire de souffler dessus !"

Les troupes regagnaient leurs quartiers. On illuminait dans presque toutes les rues. Sur les boulevards, des bandes circulaient chantant et réclamant "des lampions" devant les fenêtres qui n'étaient pas encore illuminées.

  • La catastrophe du boulevard des Capucines

Vers neuf heures du soir, une de ces bandes arrivait devant le ministère des Affaires étrangères, situé alors boulevard des Capucines. Par prudence, le bâtiment - où résidait Guizot - était gardé par un cordon d'infanterie. Soudain, un coup de feu tiré du milieu des manifestants abattit un soldat. Aussitôt, par un réflexe spontané, les fantassins ripostèrent presque à bout portant : la décharge jeta par terre 35 morts et une cinquantaine de blessés.

Boulevard des Capucines 1848 (2)

Tandis que la foule s'enfuyait, terrorisée, quelques manifestants les plus hardis, s'emparant d'un tombereau, y chargèrent une quinzaine de cadavres parmi lesquels, bien en vue, celui d'une jeune femme dont la poitrine était couverte de sang. Puis, en cortège, à la lueur des torches, ils remontèrent les boulevards et pendant une grande partie de la nuit ils promenèrent les cadavres à travers les rues, en appelant le peuple aux armes.

Le jeudi matin, 24 février, Paris était hérissé de barricades et l'on criait partout : "Vive la République !"

 

  • Chute de Louis-Philippe

Pour faire face à l'insurrection, au dire du maréchal Bugeaud, nommé dans la nuit commandant en chef, le gouvernement n'avait que des soldats épuisés "tenus depuis soixante heures sac au dos ; les pieds dans la boue froide, avec seulement trois rations de biscuit ... la plupart n'avait pas dix cartouches."

D'autre part, le gouvernement tâtonna ; ou plutôt il n'y avait pas de gouvernement.

En effet, Mathieu Molé n'avait pas eu le temps de constituer son ministère. Louis-Philippe, au cours de la nuit, l'avait remercié et appelé, pour le remplacer, Adolphe Thiers et Odilon Barrot. Leur popularité, pensait-il, suffirait à remener le calme. Mais leurs démarches étaient à peine entamées et légalement, ils étaient sans pouvoir. Néanmoins, Thiers proposa au roi d'évacuer Paris pour y entrer ensuite de vive force : le roi refusa. A la demande de Barrot, Bugeaud, très impopulaire depuis le massacre de la rue Transnonain (1834), fut relevé de son commandement. Puis, dans l'espoir de calmer les insurgés, on décida de retirer les troupes que Bugeaud avait déjà portées aux points stratégiques essentiels et de confier le service d'ordre à la Garde Nationale.

Place de la Concorde 24 février 1848

Dans leur mouvement de retraite vers la place de la Concorde, deux régiments, qui occupaient les boulevards, noyés dans la masse des manifestants, furent coupés en tout sens et sans combat et mirent bientôt la crosse en l'air. 

Aux Tuileries, après déjeuner, le roi monta à cheval pour passer en revue quelques troupes et des gardes nationaux réunis dans la cour du Carrousel. A peine apparut-il qu'il fut salué aux cris de : "Vive la réforme !" il n'alla pas loin et rentra, découragé. Cependant les insurgés approchaient ; ils étaient déjà maîtres du Palais-Royal et la fusillade crépitait tout près des Tuileries, devant le Château-d'Eau qui barrait seul l'entrée du Carrousel.

Fusillade du Château d'Eau 24 février 1848

Alors, dans l'espoir de sauver la dynastie, quelques personnes, dont le patron de presse Emile de Girardin et surtout le plus jeune fils du roi, le duc de Montpensier, pressèrent Louis-Philippe de se sacrifier.

A midi et demi, il abdiqua en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, un jeune garçon âgé de 10 ans. En attendant sa majorité, sa mère serait proclamée régente. Après quoi, Louis-Philippe partit en voiture, protégé par une escorte de cuirassiers. Il allait, comme Charles X en 1830, gagner l'Angleterre. Il devait y mourir deux ans plus tard, en 1850, à l'âge de 77 ans.

Quelques instants après son départ, une poignée d'insurgés fit irruption aux Tuileries et mit le palais à sac. Ils firent de même avec le Palais-Royal. Quelques jours plus tard, il fut vendu pour 26 tonnes de débris de meubles, de glaces, de verreries et de porcelaines, tirés des deux palais.

  • Le putsch des républicains

Duchesse d'Orléans à l'Assemblée 1848

La duchesse d'Orléans se rendit avec son fils, le comte de Paris, à la Chambre pour le faire reconnaitre roi et se faire confirmer la régence. Mais, tandis que les députés délibéraient et que Ledru-Rollin, puis Lamartine réclamaient la nomination d'un nouveau gouvernement provisoire, la salle fut soudain envahie par quelques centaines d'émeutiers : bien que le Palais-Bourbon fût gardé par plus de 4000 hommes, personne n'avait songé à leur barrer la route. Ils hurlaient : "Déchéance ! A bas la Chambre !" On emmena en toute hâte la duchesse et son fils ; la plupart des députés se retirèrent ; il ne restait que quelques membres de la gauche. Les envahisseurs s'installèrent à leurs côtés et l'on procéda à la nomination d'un gouvernement provisoire.

Une liste den noms avait été préparée à l'avance par les rédacteurs du journal La Réforme : elle comprenait sept députés, parmi lesquels le poète Lamartine, l'avocat Ledru-Rollin, l'astronome et maire de Paris François Arago, trois autres journalistes dont Armand Marrast et un seul socialiste, Louis Blanc. Au milieu de ces intellectuels, on ne comptait qu'un seul ouvrier : Alexandre Martin, dit l'ouvrier Albert, chef d'une petite société secrète.

Vers quatre heures, les députés putschistes allèrent s'établir à l'Hôtel-de-Ville où ils commencèrent à s'attribuer les ministères. Quand Louis Blanc et ses trois collègues socialistes vinrent les rejoindre, ils ne furent admis d'abord que comme "secrétaires" du gouvernement provisoire. Toutefois, devant le mécontentement des ouvriers, cette distinction fut abolie dès le lendemain 25 février.

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La France sous le ministère de Guizot

François GUIZOT

François Guizot, rappelé de son poste d'ambassadeur à Londres en 1840, fut nommé par le roi Louis-Philippe ministre des Affaires étrangères et bien que la présidence du Conseil eût été attribuée et soit demeurée nominalement au maréchal Soult jusqu'en septembre 1847, il dirigea en fait le cabinet.

Il demeura en fonctions près de huit années parce qu'il demeurait constamment en complète communication avec Louis-Philippe qui disait de lui : "C'est ma bouche".

Guizot était partisan d'un Etat ordonné et fort. "Deux choses sont indispensables pour gouverner, disait-il, la raison et le canon".

Il estimait qu'il n'y avait plus rien à modifier dans l'organisation politique de la France et il était dès lors important de conserver ce qui était, assurer la paix "partout et toujours" : paix au-dedans, paix au-dehors, cela pour permettre le développement de la richesse générale. Le mot fameux qu'on lui attribue, "Enchissez-vous" et qui n'a sans doute jamais été prononcé, résume néanmoins toute sa politique.

Jusqu'au bout, il s'opposa à toute réforme, tout changement et fut, en cela, comme le Metternich de la France ; il pratiqua obstinément la politique de l'immobilisme. Pour gouverner ainsi, disait Lamartine, il n'était pas besoin d'homme d'Etat : "une borne y suffirait". A la veille de la Révolution de 1848, un partisan de Guizot, examinant devant la Chambre l'histoire de ce long ministère, arrivait lui-même à cette conclusion : "Qu'a-t-on fait depuis sept ans ? Rien, rien, rien !"

  • Un système corrompu

Cette politique immobiliste fut en apparence approuvée par la Chambre : Guizot ne cessa pas d'y avoir la majorité. Mais cette majorité, Guizot, qui était à titre personnel de la plus scrupuleuse intégrité, l'obtint par la corruption. Il achetait tantôt les votes des électeurs en faveur des candidats dévoués au gouvernement, tantôt, comme jadis Walpole en Angleterre, les votes des députés.

Corrompre les collèges électoraux était très facile. Ces collèges se composaient en général de peu d'électeurs ; beaucoup en comptaient  à peine 200, parmi lesquels nombre de fonctionnaires. Les fonctionnaires obéissaient aux ordres reçus ; quant à l'électeur ordinaire on l'achetait en donnant à ses protégés des bureaux de tabac, des bourses universitaires ou bien en lui donnant à lui-même une fonction administrative importante.

A la Chambre, comme dans les collèges électoraux, les fonctionnaires étaient aussi nombreux : plus du tiers des députés - 190 sur 409 (1846) - étaient des préfets, des magistrats, des officiers. Le ministre les tenait par l'espoir de l'avancement et des augmentations de traitement.

Pour compléter sa majorité, il suffisait de 30 à 40 députés : Guizot les gagnait par concessions de grandes entreprises - on était au début des chemins de fer - ou par des intérêts dans les marchés de fournitures à l'Etat. La corruption fut, pour ainsi dire, érigée en système de gouvernement et de nombreux scandales, à la fin du règne, prouvèrent avec éclat que les subalternes pratiquaient le système aussi bien que le Premier ministre.

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La question d'Egypte au XIXe siècle

Ismaïl Pacha

La crise financière que subissait l'Egypte à partir de 1869 eut pour origine les folles prodigalités de son souverain, Ismaïl Pacha. Celui-ci déployait un faste inouï, obtenant du sultan, moyennant l'augmentation d'un tribut annuel, le titre de Khédive (vice-roi) et l'autonomie partielle de l'Egypte. Il se plaisait à offrir aux Européens de passage une somptueuse hospitalité et se livrait aux dépenses les plus extraordinaires ; ainsi voulut-il avoir au Caire, sa capitale, de somptueux palais et un opéra subentionné par des artistes parisiens et des pièces à la mode. Pour faire face à ces dépenses, Ismaïl eut recours à l'emprunt : d'abord auprès de banques françaises, puis après 1870, auprès de banques londoniennes. Et à mesure que la dette enflait, l'Egypte tombait dans un discrédit général et les fonds égyptiens s'amenuisaient sans cesse. En 1875, Ismaïl était dans l'incapacité de payer les intérêts de sa dette : il prit alors le parti de vendre les 176 000 actions du canal de Suez qu'il possédait ; elles furent acquises par la Banque d'Angleterre qui, outre les bénéfices financiers de l'opération, gagna le droit d'avoir trois représentants dans le conseil d'administration de la compagnie.

Le Khédive, par cet expédient, ne fit que retarder le dénouement. En effet, le 6 avril 1876, il était acculé à la banqueroute et forcé de retarder le paiement des bons échus.

La banqueroute entraîna une première intervention de l'Europe dans les affaires égyptiennes. Pour calmer les inquiétudes de ses créanciers, le Khédive constitua, en mai 1876, une commission extraordinaire chargée de prélever sr les recettes du budget les fonds nécessaires au paiment des intérêts. Il nomma ensuite deux contrôleurs généraux, l'un Français et l'autre Anglais, chargés de toute l'administration financière et les fit même entrer dans son conseil ministériel.

Ainsi l'Egypte passa sous le contrôle d'un condominium franco-anglais.

Urabi Pacha (2)

Ce régime ne fut pas vraiment du goût de certains Egyptiens qui accusaient les étrangers de les piller en supprimant de nombreux emplois publics par mesure d'économie. Le mécontentement était surtout grand dans l'armée. En effet, une grande partie des officiers, auxquels on devait plusieurs mois de solde, avait été licenciée. Ils se mirent à la tête d'un mouvement nationaliste qui exigeait le départ immédiat des étrangers et que cesse le contrôle européen sur les affaires de l'Egypte. Leur chef était un démagogue d'une ignorance profonde, le colonel Urabi Pacha, lequel affichait une grande dévotion à l'Islam et qui devait sa belle prestance à un avancement rapide.

Massacre d'Alexandrie 1882

A la suite d'une violente émeute populaire qui obligea les ministres européens à démissionner et le Khédive à abdiquer (1879), les nationalistes s'emparèrent du pouvoir et l'Egypte subit pendant trois ans la dictature des officiers licenciés. Leurs exactions incessantes contre les étrangers aboutirent à un massacre général des Européens à Alexandrie, le 11 juin 1882 et au pillage de leurs magasins.

Cette nouvelle émeute eut de graves conséquences : elle entraîna une intervention militaire de l'Angleterre et le retrait de la France dans les affaires égyptiennes.

La France avait alors une influence prépondérante en Egypte mais l'Angleterre en était le principal créancier. Le gouvernement français avait admis le principe que les deux puissances créancières avaient également droit à un "traitement privilégié" et depuis 1876 la question d'Egypte était considérée comme une question franco-anglaise. En 1878, le Premier Ministre William Waddington déclarait encore aux Communes que "la France entendait y conserver, à l'exclusion du reste de l'Europe, une influence privilégiée et prépondérante". Les fautes du gouvernement et l'indifférence du public ne permirent pas de consolider cette prépondérance. Au lendemain du massacre d'Alexandrie, le ministre Charles de Freycinet entendait se borner à "une démonstration morale" et il refusa à l'Angleterre de collaborer avec elle au rétablissement de l'ordre. La Chambre ne fut pas plus clairvoyante et par 416 voix contre 76, refusa de voter les crédits nécessaires à l'envoi d'un corps expéditionnaire destiné à protéger le canal.

Bataille de Tell-el-Kebir 15 juillet 1882

Une escadre anglaise bombarda seule Alexandrie le 4 juillet 1882. Puis, le 15 juillet, les troupes anglaises débarquaient près de Tell-el-Kébir et écrasaient l'armée égyptienne qui tentait de leur barrer la route du Caire. Urabi fut capturé et la capitale occupée le 15 septembre.

La France protesta contre l'occupation de l'Egypte par les Anglais mais ne put obtenir que la neutralisation du canal de Suez en 1888.

La seule tentative sérieuse pour rouvrir la question égyptienne fut faite en 1898.

Une mission commandée par le capitaine Jean-Baptiste Marchand et partie de Loango, port du Gabon français (mars 1898), fut envoyée pour explorer et s'établir dans les pays du Haut-Nil ; le but de cette manoeuvre était à la fois d'ouvrir aux établissements français du Congo une route vers le Nil et de provoquer la réunion d'une conférence internationale chargée de régler les questions africaines, notamment celle de l'Egypte.

Marchand 1898

Après s'être frayée un chemin à travers les marais immenses du Bahr-el-Ghazal, la colonne Marchand parvint au poste de Fachoda le 15 juillet. Mais, au même moment, l'armée anglaise de Lord Kitchener occupait Khartoum, capitale du Soudan oriental. 

L'occupation de Fachoda provoqua une grave crise diplomatique d'où faillit sortir un conflit armé avec l'Angleterre. Finalement la France céda et renonça, par le traité du 21 mars 1899, aux territoires du Haut-Nil et indirectement à l'Egypte. Le complément naturel de ce traité fut la convention de 1904 qui réglait la question concernant tout le bas-pays du Nil et par laquelle la France s'engageait à renoncer à contrecarrer la politique menée par les Anglais en Egypte.

  • L'oeuvre de l'Angleterre en Egypte :

Les Anglais poursuivirent l'oeuvre engagée par Mehmet-Ali et achevèrent la transformation de l'Egypte. En droit, l'Egypte resta, jusqu'en 1916, une province autonome vassale de l'Empire ottoman ; en fait, elle était une colonie militaire britannique et ses administrateurs étaient tous des fonctionnaires anglais.

Evelyn Baring, comte de Cromer

Le commissaire désigné pour gouverner l'Egypte fut Evelyn Baring, premier comte de Cromer, qui comprit qu'il fallait rendre l'action des Anglais aussi peu apparente que possible. Son principe fut de laisser tous les postes subalternes aux indigènes, d'évincer les Français des hautes charges qu'ils occupaient encore et leur substituer des Anglais et de mettre à la tête des services publics de modestes conseillers britanniques mais qui, en réalité, avaient tout pouvoir.

Une nouvelle armée fut constituée, recrutée parmi les fellahs et encadrée par des officiers britanniques ; mise entièrement à la disposition de la Grande-Bretagne, elle permit, jusqu'en 1914, de maintenir à un chiffre très faible le corps d'occupation (5000 hommes). Après la fin de la Première guerre mondiale, l'action exercée par l'Angleterre sur l'armée et l'administration indigènes ne suffisait plus à maintenir son contrôle sur l'Egypte. L'Angleterre se heurta à une résurgence du nationalisme égyptien de la part d'une élite bourgeoise cultivée. Face à l'agitation grandissante, l'Angleterre consentit à d'opportunes concessions de force, notamment la reconnaissance de l'autonomie conditionnelle de l'Egypte et la formation du premier royaume égyptien moderne, le 28 février 1922.

 

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10 juillet 2017

Du militarisme prussien à l'impérialisme allemand (1871-1914)

Otto von Bismarck

L'Allemagne, entre 1871 et 1914, n'a rien négligé pour s'assurer la possession définitive de ses conquêtes et pour préparer une nouvelle guerre qui aurait transformé son hégémonie européenne en hégémonie mondiale.

Otto von Bismarck, en tant que chancelier, constitua d'abord avec l'Autriche et l'Italie une Triple-Alliance en 1882. L'Alsace et la Moselle, arrachées à la France, furent transformées en un camp militaire immense et tout un système de chemins de fer stratégiques permettaient aux troupes impériales de converger rapidement sur la frontière française en cas d'attaque. Chaque année, de nouveaux forts s'ajoutèrent au camp retranché de Metz, alors l'une des plus formidables citadelles de l'Empire allemand.

Les effectifs de l'armée allemande, constamment renforcés, passèrent de 400 000 hommes en 1871 à 800 000 hommes et 110 000 sous-officiers professionnels en 1913. Dès 1874, Bismarck obtenait pour sept ans le vote du budget et des crédits militaires ; à chaque fois que celui était demandé, le Reichstag votait avec empressement l'accroissement des effectifs, la réforme de l'artillerie, le développement des services techniques, la prolongation du service dans la réserve jusqu'à 29 ans dans la Landwehr et jusqu'à 45 ans dans la Landsturm.

La loi de 1894 établit le service militaire de 2 ans dans l'infanterie et maintient celui de 3 ans dans les autres armes.

A partir de 1911, les lois militaires se succédèrent sans arrêt chaque année ; elles consacraient - surtout celle de 1913 - des succès énormes à l'aviation, au génie et à l'artillerie. En trois ans, l'effort militaire équivalait aux efforts accomplis dans les quarante années qui suivirent la guerre de 1870 et ne purent s'expliquer que par la volonté d'entrer en guerre dès l'occasion se présenterait.

Zeppelin

Les premiers mois de la guerre de 1914 devaient révéler l'énorme avance prise par les Allemands en artillerie lourde à longue portée, en mitrailleuses, en aviation, en ballons dirigeables (Zeppelin).

La flotte de guerre, qui existait à peine en 1870, dépassait de beaucoup la flotte française en 1918 et venait au second rang dans le monde. Elle s'était enrichie d'un nouveau type de navires : les croiseurs cuirassés géants et plus tard de sous-marins.

Les dirigeants du Reich eurent soin de fortifier l'esprit et la discipline militaires de toute une nation, dans l'élite comme dans la masse. Bismarck demandait à son pays de rester "toujours en vedette" et le Kaiser de garder "sa poudre sèche et son glaive aiguisé".

Le culte de l'armée fut développé très tôt chez les enfants à l'école et entretenu par les innombrables associations sportives et patriotiques. Il n'était pas un Allemand, même parmi les socialistes, qui ne tint l'effort militaire pour une nécessité bienveillante et glorieuse.

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