François GUIZOT

François Guizot, rappelé de son poste d'ambassadeur à Londres en 1840, fut nommé par le roi Louis-Philippe ministre des Affaires étrangères et bien que la présidence du Conseil eût été attribuée et soit demeurée nominalement au maréchal Soult jusqu'en septembre 1847, il dirigea en fait le cabinet.

Il demeura en fonctions près de huit années parce qu'il demeurait constamment en complète communication avec Louis-Philippe qui disait de lui : "C'est ma bouche".

Guizot était partisan d'un Etat ordonné et fort. "Deux choses sont indispensables pour gouverner, disait-il, la raison et le canon".

Il estimait qu'il n'y avait plus rien à modifier dans l'organisation politique de la France et il était dès lors important de conserver ce qui était, assurer la paix "partout et toujours" : paix au-dedans, paix au-dehors, cela pour permettre le développement de la richesse générale. Le mot fameux qu'on lui attribue, "Enchissez-vous" et qui n'a sans doute jamais été prononcé, résume néanmoins toute sa politique.

Jusqu'au bout, il s'opposa à toute réforme, tout changement et fut, en cela, comme le Metternich de la France ; il pratiqua obstinément la politique de l'immobilisme. Pour gouverner ainsi, disait Lamartine, il n'était pas besoin d'homme d'Etat : "une borne y suffirait". A la veille de la Révolution de 1848, un partisan de Guizot, examinant devant la Chambre l'histoire de ce long ministère, arrivait lui-même à cette conclusion : "Qu'a-t-on fait depuis sept ans ? Rien, rien, rien !"

  • Un système corrompu

Cette politique immobiliste fut en apparence approuvée par la Chambre : Guizot ne cessa pas d'y avoir la majorité. Mais cette majorité, Guizot, qui était à titre personnel de la plus scrupuleuse intégrité, l'obtint par la corruption. Il achetait tantôt les votes des électeurs en faveur des candidats dévoués au gouvernement, tantôt, comme jadis Walpole en Angleterre, les votes des députés.

Corrompre les collèges électoraux était très facile. Ces collèges se composaient en général de peu d'électeurs ; beaucoup en comptaient  à peine 200, parmi lesquels nombre de fonctionnaires. Les fonctionnaires obéissaient aux ordres reçus ; quant à l'électeur ordinaire on l'achetait en donnant à ses protégés des bureaux de tabac, des bourses universitaires ou bien en lui donnant à lui-même une fonction administrative importante.

A la Chambre, comme dans les collèges électoraux, les fonctionnaires étaient aussi nombreux : plus du tiers des députés - 190 sur 409 (1846) - étaient des préfets, des magistrats, des officiers. Le ministre les tenait par l'espoir de l'avancement et des augmentations de traitement.

Pour compléter sa majorité, il suffisait de 30 à 40 députés : Guizot les gagnait par concessions de grandes entreprises - on était au début des chemins de fer - ou par des intérêts dans les marchés de fournitures à l'Etat. La corruption fut, pour ainsi dire, érigée en système de gouvernement et de nombreux scandales, à la fin du règne, prouvèrent avec éclat que les subalternes pratiquaient le système aussi bien que le Premier ministre.