Hugues de Lionne

De 1661 à 1671, la politique extérieure de Louis XIV contraste, malgré quelques excès passagers, avec les actes de violence et l'ambition exagérée de la période suivante. A cette époque, Louis XIV, qui n'a alors que 23 ans, subit la bienfaisante influence d'un de ses collaborateurs les plus remarquables : Hugues de Lionne, marquis de Berny.

Né à Grenoble en 1611 et fils d'Abel Servien, il fut de bonne heure employé par le cardinal Mazarin pour des missions remplies avec éclat entre 1642 et 1643, en Italie à des fins de réconciliation entre le duc de Parme et le Saint-Siège, puis à Madrid, en 1656, pour poser les bases de la paix entre la France et l'Espagne, à Francfort, enfin, en 1658, pour faire élire l'empereur Léopold et constituer la Ligue du Rhin.

L'influence modératrice de ce haut personnage de l'Etat sur l'esprit du jeune Roi se marqua par des négociations pratiques visant à isoler l'Espagne pour le jour prévu où la France aurait à revendiquer tout ou partie de l'héritage de Philippe IV.

  • Les affaires d'Espagne

Comte-duc d'Olivares

L'Espagne était alors gouvernée, sous le nom de Philippe IV, par le comte-duc Gaspar de Guzman d'Olivares, homme léger et politique médiocre. La paix de Westphalie (1648) et le traité des Pyrénées (1659) avaient ruiné son autorité en Europe. Naples s'était révoltée et la Catalogne avait recouvré son indépendance. 

Philippe IV, 53 ans, pouvait être secouru par les Provinces-Unies, l'Angleterre, la Suisse ou l'Empire. N'osant pas, de peur d'éveiller leurs défiances, proposer aux Provinces-Unies le partage des Pays-Bas, Hugues de Lionne aurait voulu les constituer en république protégée ou en un Etat neutre. Cette combinaison ne semblait guère sourire à la Hollande, irritée d'autre part par les progrès de la marine marchande française et de la taxe de 50 sols par tonneau imposée par Fouquet sur tous les navires étrangers entrant dans les ports français. Pourtant, la crainte du péril espagnol amena la conclusion entre les deux Etats d'un traité d'alliance offensive et défensive le 27 avril 1662.

Louis XIV, moyennant d'insignifiantes concessions commerciales, se faisait garantir plusieurs clauses favorables à sa politique. Il rendit aux Provinces-Unies un service marqué en leur faisant obtenir de l'Angleterre un traité de bonne intelligence qui assurait leur sécurité (14 septembre 1662).

En ce qui concerne l'Angleterre, Hugues de Lionne tira habilement parti des besoins d'argent qui devaient dominer toute la politique de Charles II. Dès 1661, il obtint pour Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, la main de sa soeur Henrietta. L'année suivante, Charles II, sur les conseils de son chancelier Edmond Hyde, comte de Clarendon, vendit Dunkerque à la France pour 5 millions de livres (12 octobre 1662).

Du côté de l'Allemagne, sa diplomatie ne fut pas moins active.

Dès le mois de janvier 1663, avec 18 mois d'avance, il obtint de tous les pays cosignataires le renouvellement de la Ligue du Rhin jusqu'en 1667 et y gagna même l'adhésion du roi de Danemark. Il fit occuper Marsal en Lorraine (août 1663) et conclut une quadruple alliance avec le duc de Mecklembourg, l'Electeur de Saxe et l'Electeur de Brandebourg. A l'exception du duc de Bavière, il n'y avait pas un prince allemand un peu considérable qui ne parût enlevé aux desseins de l'Empereur.

"Les empereurs d'Allemagne ne sont ni les héritiers des Romains ni les successeurs de Charlemagne, écrit Louis XIV dans ses Mémoires ; Chefs élus d'une république allemande, ils ne peuvent prétendre à aucune supériorité sur les autres rois d'Europe dont les plus anciens, les plus puissants sont les rois de France."

Et il refusait d'entretenir toutes relations diplomatiques avec l'Empereur, parce que la notification de son Election n'avait pas été faite dans les formes qui convenaient. Léopold Ier dut le premier abaisser sa superbe et écrire directement au roi de France, à la veille de l'invasion de la Hongrie par les Turcs.

Catherine de Bragance

Bataille de Villaviciosa le 17 juin 1665

L'Espagne avait un point faible qu'un diplomate aussi habile qu'Hugues de Lionne ne pouvait manquer d'en profiter : le Portugal était entré en insurrection pour retrouver son indépendance depuis 1640. Il rapprocha d'abord ce pays de l'Angleterre en mariant la soeur de son roi, Catherine de Bragance, à Charles II. Puis il envoya un détachement de 6000 soldats, commandé par le duc de Schomberg, aider les insurgés portugais à remporter sur les Espagnols les victoires d'Hunexial et de Villaviciosa (17 juin 1665).

  • Questions de préséance

Les Anglais prétendaient forcer tous les navires étrangers à baisser pavillon devant leurs vaisseaux et Charles II avait renouvelé cette prétention. Le 25 janvier 1662, Louis XIV écrit au comte d'Estrades à ce sujet :

"Le Roi mon frère et ceux dont il prend conseil, ne me connaissent pas bien quand ils prennent avec moi des airs de hauteur et d'une certaine fermeté qui sert la menace. Je ne connais personne sous le ciel qui soit capable de me faire avancer un pas par un chemin de telle sorte et il me peut bien arriver du mal, mais pas une impression de crainte."

Et l'Angleterre céda.

Comte de Fuentes au château de Fontainebleau

Le baron de Vatteville, ambassadeur d'Espagne à Londres, réclama la préséance sur l'ambassadeur de France, le comte d'Estrades et la prit même de force dans une cérémonie publique (11 octobre 1661). Outré, Louis XIV rappela aussitôt son émissaire à Madrid, chassa celui d'Espagne à Paris et obtint que Philippe IV lui envoya une mission diplomatique, ayant à sa tête le comte de Fuentes, à Fontainebleau, le 30 mars 1662, devant les ministres de trente Etats, que son maître, fâché de l'affaire de Londres, était déterminé à prévenir le retour de pareils incidents et que "les ministres espagnols ne concourraient plus dorénavant avec ceux de la France".

Pape Alexandre VII (2)

A Rome, le pape Alexandre VII (Fabio Chigi), qui avait été élu en 1655 malgré l'opposition de la France, ne cachait pas ses sympathies habsbourgeoises.

Charles III de Créquy

D'humeur peu traitable, peu capable de patience, l'ambassadeur français auprès du Saint-Siège, Charles III de Créquy, froissa les Romains par sa hauteur et souleva des questions d'étiquette qui le brouillèrent presque avec le Pape :

Le 20 août 1662, quelques domestiques de l'ambassadeur cherchèrent querelle à des soldats de la Garde-Corse ; ceux-ci assiégèrent le Palais Farnèse, tirèrent sur le carrosse de l'ambassadrice et blessèrent trois personnes de la suite du duc. 

Louis XIV prit la chose de très haut et la qualifia avec une extrême sévérité dans une lettre adressée au Saint-Père. Il ordonna sur-le-champ la saisie d'Avignon et pendant 18 mois, il chercha, par tous les moyens possibles à isoler Alexandre VII, à le déconsidérer et l'amener à s'humilier. Finalement, par le traité de Pise (février 1664), le Saint-Siège dépêcha un émissaire spécial auprès du roi de France pour s'excuser publiquement et dut se résoudre à ériger, en face de la caserne des Corses, une pyramide commémorant l'injure fait à l'ambassadeur français en gage de réparation. Le neveu du Pape, le cardinal Chigi, vint en France avec le titre de légat pour protester, au nom de Sa Sainteté, contre les malheureux incidents du 20 août 1662, "l'intention de Sa Sainteté n'ayant jamais été que Sa Majesté fut offensée, ni M. le duc de Créquy, son ambassadeur". (1664)

  • Campagne de Hongrie (1664)

L'armée turque du Grand-Vizir Kupruli envahit la Hongrie, menaça Vienne et força l'Empereur à appeler à son aide l'Europe chrétienne. Faisant preuve, pour une fois, d'une modération inaccoutumée, Louis XIV déclara, afin de désarmer la défiance de Léopold, qu'il interviendrait en tant que pays-membre de la Ligue du Rhin.

Bataille du Raab 1er aout 1664

6000 hommes, comandés par Coligny et La Feuillade, descendirent la vallée du Danube et rejoignirent l'armée impériale près du Saint-Gothard, sur le Raab (juillet). Le 1er août 1664, eut lieu une grande bataille que perdit d'abord le général impérial Montecuculli et que le contingent français transforma en victoire par son intrépidité, après sept heures d'une mêlée furieuse.

  • Expéditions barbaresques

Expédition de Djidjelli en 1664

Les razzias commis par les pirates musulmans redoublèrent d'intensité en Méditerranée. Louis XIV songea à fonder un établissement en Afrique du Nord. Une flotte portant 6000 hommes, commandée par l'amiral de Beaufort, s'empara de Djidjelli, près d'Alger, le 23 juillet 1664. Mais il fut forcé de l'évacuer au mois d'octobre.

Pour réparer cet échec, Beaufort reçut l'ordre de croiser en Méditerranée, qu'il parcourut en vainqueur pendant toute l'année 1665 ; il imposa même à la Régence de Tunis, en novembre, un traité de paix avantageux pour le commerce français et qui reconnaissait formellement la prééminence française.

  • L'héritage de Philippe IV

"On peut dire que la succession d'Espagne fut le pivot sur lequel tourna tout le règne de Louis XIV. Elle occupa sa politique extérieure et ses armées pendant plus de cinquante ans ; elle fit la grandeur de ses commencements et les malheurs de sa fin."

(François-Auguste MIGNET, Introduction à l'histoire de la Succession d'Espagne)

Louis XIV fit révoquer l'acte de renonciation de son épouse Marie-Thérèse, dont la dot ne fut jamais payée et entama, dans la foulée, des négociations avec les Provinces-Unies en vue de se partager territorialement les Pays-Bas espagnols. Enfin, il fit reconnaitre, par le cabinet espagnol, son droit de dévolution, ce qui lui ménageait un moyen provisoire d'agrandissement en attendant que l'extinction de la famille royale espagnole lui permit de revendiquer la totalité de ses domaines.

Louis XIV, transposant en droit public une disposition de droit local privé, revendiqua, aussitôt après le décès de Philippe IV (1665), les provinces francophones constituant l'ancien cercle de Bourgogne (Hainaut, Artois et Franche-Comté). 

Aucun des négociations n'aboutit. Finalement, l'acte de renonciation avait été maintenu par Philippe IV ; l'acte de partage avec les Provinces-Unies abandonné par Louis XIV lui-même et le droit de dévolution repoussé par le gouvernement espagnol.

Jan de Witt

Louis XIV s'apprêtait alors à entrer en guerre pour faire valoir ses droits lorsqu'un événement imprévu l'obligea à ajourner ses projets : l'Angleterre venait d'entrer en conflit avec la Hollande. Et en vertu du traité signé le 27 avril 1662, le Grand-Pensionnaire, Jan de Witt, réclama l'assistance de la France. Louis XIV, qui voulait ne pas s'aliéner Charles II, se borna toute d'abord à combattre l'allié de ce dernier, Bernhard von Galen, sur ses terres épiscopales de Munster. Ce qui lui fournit un prétexte pour rassembler une armée dans le nord de la France. Puis, quand les deux puissances belligérantes eurent ouvert des négociations de paix à Bade, en mai 1667, il commença sa propre guerre sans attendre la conclusion des traités en cours.

  • La campagne de Flandre (1667)

Après avoir renouvelé la Ligue du Rhin et son accord avec le roi d'Angleterre, Louis XIV annonça officiellement à la régente d'Espagne, le 8 mai 1667, son intention d'entrer en armes dans les Pays-Bas et se saisir des provinces concernées par son droit de dévolution.

"N'entendant pas, ajouta-t-il, que ladite paix soit rompue de notre part par notre entrée aux Pays-Bas, quoique à main armée, puisque nous n'y marcherons que nous mettre en possession de ce qui nous est usurpé."

Guerre de Dévolution

En même temps, il faisait parvenir à toutes les cours d'Europe un traité des droits de la Reine Très-Chrétienne sur les divers Etats composant la couronne espagnole. Puis, marchant lui-même en tête d'une armée forte de 50 000 hommes, Louis XIV, qui avait à ses côtés le maréchal de Turenne, le comte d'Aumont et le duc de Créquy, entra aux Pays-Bas. 

En face, le gouverneur, Castel-Rodrigo, n'avait ni troupes ni approvisionnements et ne put rien entreprendre pour conserver Binche, Charleroi, Ath, Tournai, Douai et Oudenarde qui tombèrent les unes après les autres ; seule Lille, défendue par le comte de Bruayn résista pendant dix-sept jours avant de capituler à son tour le 27 août 1667.

Le 19 janvier 1668, le chevalier Jacques Bretel de Grémonville, ambassadeur de France à Vienne, signait un traité secret avec l'empereur Léopold. Aux termes de celui-ci, les deux souverains se partageaient la succession, au cas où le petit Charles - âgé de 4 ans et dont la santé semblait très fragile - décèderait, des domaines de la couronne d'Espagne. 

- Louis XIV garderait les Pays-Bas, la Franche-Comté, la Navare et le royaume des Deux-Siciles ainsi que les possessions africaines et l'archipel des Philippines.

- L'Empereur conserverait l'Espagne, le duché de Milan, la Toscane, la Sardaigne, les îles Baléares, les Canaries et les Indes occidentales.

Toute éventualité d'une guerre européenne semblait ainsi écartée en cas d'ouverture de la succession.

Malheureusement, les Hollandais, alarmés de la disparition de la barrière qui les séparait de la France, restaient obstinément sourds aux avances de Louis XIV. Le 23 janvier 1668, mettant à profit la défiance de l'Angleterre et de la Suède vis-à-vis de la France, les Hollandais conclurent avec des deux puissances la Triple-Alliance de La Haye.

Conquête de la Franche-Comté en 1668

En réaction, Louis XIV résolut d'occuper la Franche-Comté : il fit secrètement tous les préparatifs de l'expédition dont il confia la direction au prince de Condé, gouverneur de Bourgogne. Lorsque tout fut prêt, il partit de Saint-Germain le 2 février 1668 pour se mettre à la tête de ses troupes. En quelques jours, au coeur d'un hiver rigoureux, il enleva les places fortes de Besançon, Salins, Dôle et Gray, occupant tout le territoire de la province.

Le conseil de régence d'Espagne, indigné, écrivit au gouverneur que "le roi de France aurait dû envoyer son laquais prendre possession du pays au lieu d'y aller lui-même".

Louis XIV s'apprêtait à reprendre partout l'offensive quand il accepta, sur le conseil de ses ministres, la médiation de la Triple-Alliance.

Des négociations s'ouvrirent avec l'Espagne à Aix-la-Chapelle : un traité fut signé le 1er mai 1668 par lequel Louis XIV restituait la Franche-Comté tout en conservant une bonne partie des Pays-Bas.

  • La Guerre de Hollande (1671-1678)

Louis XIV gardait rancune aux Hollandais de s'être opposés à ses ambitions et n'hésita d'ailleurs pas, dans ses Mémoires, à qualifier la Triple-Alliance d'un complot organisé contre sa personne et contre les intérêts de la France. En outre, son orgueil fut blessé par les gazettes hollandaises qui le caricaturaient sous les traits d'un soleil arrêté dans sa course.

Louis XIV ruminait sa vengeance. Mais avant d'envahir les Provinces-Unies, il était nécessaire de les isoler diplomatiquement. Pendant quatre ans, il s'attela à cette tâche, négociant avec toute l'Europe. La vengeance est un plat qui se mange froid et Louis XIV était très patient...

Par le traité de Douvres, le 1er juin 1670, Charles II d'Angleterre s'engageait à joindre ses flottes et un corps de 6000 hommes aux forces françaises en cas de conflit entre la France et la Hollande. En échange de cette concession, Charles II était assuré de percevoir une rente annuelle de 3 millions de livres versée par la France.

Arnauld de Pomponne

Par le traité du 14 avril 1672 avec la Suède, Arnauld de Pomponne, qui venait de remplacer Hugues de Lionne aux Affaires étrangères,  négocia une rente annuelle de 600 000 écus, en échange de laquelle le roi de Suède s'engageait à mettre 16 000 de ses soldats à la disposition de la France ou au cas où les princes allemands viendraient à marcher au secours des Provinces-Unies si un conflit devait éclater.

Louis XIV parvint encore à arracher la neutralité de l'Empereur, par un traité conclu à Vienne, le 1er novembre 1671.

De son côté, la régente d'Espagne signait un pacte d'alliance avec la Hollande, le 17 décembre 1671 ; mais celui-ci devait rester finalement sans effet au moment de la guerre.

En prélude aux hostilités, une querelle de tarifs douaniers, habilement exploitée par Colbert, s'ouvrit entre la France et la Hollande. La déclaration de guerre fut lancée le 6 avril 1672.

Pour atteindre la Hollande sans toucher les Pays-Bas espagnols, Louis XIV s'était assuré de l'alliance de l'Electorat de Cologne et de l'évêché de Munster ; les Etats généraux des Provinces-Unies ne se fiaient qu'à leur marine et s'étaient bornés à donner le titre de capitaine-général au prince d'Orange.

Franchissement du gué de Tolhuis 12 juin 1672

L'armée française contourna Maastricht et prit Orsoy, Wesel, Rhinberg et Burick, se rendant ainsi maître des deux rives du Rhin. Feignant alors de menacer l'Yssel, gardé par le prince d'Orange, les Français arrivèrent devant le Lech, défendu par Montbas et le 12 juin, au matin, ils franchissaient le gué de Tolhuis.

Charles-Paris d'Orléans, Duc de Longueville

Les cuirassiers se mirent à l'eau et s'emparèrent de la rive opposée. Toute aurait été terminé si le jeune Charles-Paris d'Orléans, duc de Longueville, neveu de Condé, n'avait mené un engagement qui lui coûta la vie. Ayant tiré un coup de pistolet sur des fantassins qui demandaient grâce à genoux, il se justifia de son geste en criant : "Point de quartier pour cette canaille !" Les Hollandais reprirent les armes et d'une décharge, ils tuèrent Longueville. La panique et la débandade se mirent toutefois dans leurs rangs lorsque Condé sortit du fleuve en montant sur son cheval, ce qui ne l'empêcha pas de recevoir un coup de pistolet qui lui fracassa le poignet : c'est la seule blessure qu'il recevra de toutes ses campagnes.

Louis XIV put passer le fleuve avec son infanterie sur un pont de bateaux.

Les Français occupèrent tous les points du territoire hollandais : le duc de Luxembourg occupait Zwelle et Groningue, pendant que le gros de l'armée achevait de conquérir Gueldre, Duisbourg et Zutphen. Turenne prenait Arnhem et investissait Nimègue. Enfin, le marquis de Rochefort lançait un détachement sur Muyden, à deux lieues d'Amsterdam. Utrecht même fut assiégée et envoya ses clefs le 20 juin 1672.

Turenne proposa de marcher directement sur Amsterdam mais Louvois préféra mettre une garnison dans les places déjà conquises. Ce qui laissa le temps aux Hollandais de crever leurs digues et de laisser la mer inonder leur pays. Amsterdam était sauvé.

Bataille navale de Solebay le 7 juin 1672

Sur mer, une grande bataille navale fut livrée le 7 juin 1672 dans la baie de Solebay. Elle opposa la flotte de l'amiral Ruyter à la flotte franco-anglaise commandée par l'amiral Jean d'Estrées ; une lutte acharnée s'engagea et se prolongea jusque dans la nuit sans que la victoire fut décidée : les franco-anglais avaient perdu huit vaisseaux, les Hollandais, trois. Les côtes de Hollande étaient sauvées.

Dès le 16 juin 1672, des pourparlers de paix furent engagés entre les Etats généraux des Provinces-Unies et la France. Des émissaires hollandais furent dépêchés auprès de Louis XIV qui les renvoya en leur demandant de lui apporter des propositions fermes.

Ils revinrent le 29 juin en offrant au vainqueur les villes du Rhin, Maastricht, le Brabant, la Flandre hollandaise ainsi qu'une indemnité de 10 millions. Louis XIV exigea en plus Nimègue, la Gueldre méridionale, l'île de Bommel, la suppression du tarif douanier sur les produits français, la liberté de culte pour les catholiques hollandais et l'envoi d'une ambassade annuelle qui lui porterait une médaille commémorative de sa clémence.

Ces exigences irritèrent les Hollandais. Dès le 22 juin, un mouvement d'insurrection populaire éclata contre les notables, accusés de n'avoir pas su ni prévoir ni empêcher l'invasion des Français. Jan de Witt fut blessé par des assassins ; le stathoudérat fut rétabli en faveur du prince d'Orange, le 8 juillet. Celui-ci, plus ferme que son prédécesseur, repoussa définitivement les propositions de Louis XIV.

La conquête se trouvant suspendue par l'inondation, Louis XIV revint à Versailles.

  • La campagne de 1673

Les ambitions françaises commencèrent à affoler toute l'Europe. En Hollande, Jan de Witt et son frère, Cornelius, furent lynchés par la populace pour avoir imploré la paix. Le 12 août 1672, leurs partisans furent déchus de leurs charges. Alors commença la dictature du Statthouder qui imprima à la guerre une violente impulsion.

Malgré ses engagements, l'Empereur conclut un accord avec l'Electeur de Brandebourg, allié de la Hollande. La Triple-Allance devint la Quadruple-Alliance de La Haye

Louis XIV réagit avec promptitude et résolution:

Il envoya Condé en Alsace avec 170 000 hommes pour couvrir le haut Rhin et Turenne en Westphalie avec 110 000 hommes pour défendre le bas Rhin.

En septembre, Turenne passa à l'offensive et trouve en face de lui les autro-brandebourgeois qu'il refoula  de l'autre côté du Rhin. Dans le même temps, le maréchal de Luxembourg battait le prince d'Orange à trois reprises : devant Nalden, Wörden et Charleroi (décembre).

Au début de 1673, Turenne, méprisant les ordres de Louvois qui, par jalousie, lui avait prescrit d'arêter sa marche, s'avança de nouveau contre l'Electeur de Brandebourg et le força, par le traité de Vassem (26 juin 1673) à garder sa neutralité. Louis XIV investissait et premait Maastricht.

Bataille du Texel 20 aout 1673

Le 20 août 1673, l'amiral Ruyter, par la bataille navale du Texel, empêcha une flotte de 90 navires anglais de débarquer des troupes sur la côte hollandaise.

Dix jours plus tard, l'Espagne vint renforcer la coalition. En même temps, la France perdait ses alliés : pressé par ses sujets, le roi d'Angleterre faisait la paix avec la Hollande (9 février 1674).

La guerre changeait d'aspect.

La France, dorénavant seule contre tous, sans autre allié que la Suède, évacua toutes ses conquêtes, sauf Grave et Maastricht et porta désormais ses vues et ses armes dans le voisinage du royaume pour s'attaquer aux Espagnols.

  • La conquête de la Franche-Comté (1674)

"La plupart des princes de l'Europe s'étaient ligués contre moi, écrit Louis XIV dans ses Mémoires ; J'avais mes troupes divisées en Allemagne, en Hollande, en Flandre, sur mes frontières et peu dans mon royaume. Mes ennemis étaient postés de manière qu'ils pouvaient traverser les retraites et les jonctions que je voudrais faire et empêcher que chaque partie séparée pourrait entreprendre ... Il me fallait résoudre à perdre presque toutes mes conquêtes éloignées et penser à en faire dans les endroits où je pourrais attaquer et me défendre."

La Hollande fut donc évacuée.

Louis XIV au siège de Besançon

Louis XIV résolut de conquérir en personne la Franche-Comté ; Turenne était chargé de le couvrir en Alsace et en Lorraine. Dans le même temps, Schomberg défendait le Roussillon et Condé fortifiait les positions françaises sur la Meuse pour tenir tête au prince d'Orange.

La Franche-Comté, poste avancé de la coalition, fut conquise. Après avoir calmé par de l'argent et des promesses les alarmes des Suisses, Louis XIV envoya, début février, le duc de Luxembourg occuper Ornans, Pontarlier et Baume-les-Dames, puis vint avec Vauban et 200 000 hommes faire le siège des places fortes. Besançon capitula le 20 mai 1674, Dôle tomba le 7 juin ; Turenne, près de Bâle, empêchait le duc de Lorraine de secourir la province.

  • Bataille de Seneffe (1674)

Le projet de la coalition était de pénétrer par le nord en Champagne et en Picardie, par l'Est de la France.

Bataille de Seneffe 11 aout 1674

Au Nord, Condé tint tête parès de Charleroi aux 60 000 Impériaux et Hollandais du prince d'Orange qui, n'ayant pu le faire sortir de ses retranchements, esquissa un mouvement de retraite le 11 août 1674.

A cette vue, Condé s'élança, battit l'arrière-garde ennemie à Seneffe, puis s'avança jusqu'au village de Saint-Nicolas-du-Bois, forçant le prince d'Orange à se réfugier sur la hauteur du Fayt. Il commit l'imprudence de l'y poursuivre et de l'y attaquer une troisième fois mais ne put enlever la position, malgré un combat acharné jusqu'au clair de lune. Condé perdit 23 000 hommes dans cette bataille.

"Nous avons tant perdu à cette bataille, a écrit Mme de Sévigné, que sans le Te Deum et quelques drapeaux portés à Notre-Dame, nous croirions avoir perdu le combat".

Le prince de Condé força Guillaume à lever précipitamment le siège d'Oudenarde (21 septembre) et la campagne se termina sans autre avantage pour la coalition que la prise de Dinant, de Ruy et l'occupation de Grave (26 octobre).