Louis Phélypeaux de Pontchartrain

L'administration des successeurs de Colbert au contrôle général des Finances, Le Péletier et surtout celle de Louis Phélypeaux, marquis de Pontchartrain, fut déplorable pour l'agriculture.

Ce dernier prohiba tous les baux de plus de 9 ans, ce qui découragea toute tentative d'amélioration du sol de la part du fermier. Il taxa tous les grains, au risque de faire le vide sur les marchés. Il alla même jusqu'à soumettre les détenteurs de céréales à des visites domiciliaires et les obligea à les vendre au tarif fixé par les autorités locales.

Le laboureur, livré d'une part aux exactions fiscales et d'autre part découragé par les entraves apportées au commerce des produits agricoles, quitta ses champs pour rejoindre la ville. Dans toute la France, un courant d'émigration se dessina rapidement : la Touraine, l'Auverne, le Dauphiné furent presque dépeuplées. En 1693, la famine ravageait le Berry, le Poitou, le Bordelais, la Lorraine, le Blésois, qui étaient pourtant les provinces les plus riches de France. Le pain de parait plus dans la chaumière du paysan, qui vit exclusivement de raves et de châtaignes partagées entre lui et son bétail.

Repas de Paysan - Le Nain

De 1698 à 1715 la disette est continuelle. L'émouvant passage où La Bruyère dépeint les paysans du XVIIe siècle est assez significatif :

"L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent de nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé."

La souffrance des paysans contrastait violemment avec le faste de la Cour et de la ville ; Fénelon, dans sa lettre à Louis XIV, donne des détails navrants sur les misères physiques et morales des laboureurs.

Les grands chemins de la campagne ne cessaient de grossir de mendiants que la faim et le dépouillement avaient chassés loin de chez eux.