Otto von Bismarck

L'Allemagne, entre 1871 et 1914, n'a rien négligé pour s'assurer la possession définitive de ses conquêtes et pour préparer une nouvelle guerre qui aurait transformé son hégémonie européenne en hégémonie mondiale.

Otto von Bismarck, en tant que chancelier, constitua d'abord avec l'Autriche et l'Italie une Triple-Alliance en 1882. L'Alsace et la Moselle, arrachées à la France, furent transformées en un camp militaire immense et tout un système de chemins de fer stratégiques permettaient aux troupes impériales de converger rapidement sur la frontière française en cas d'attaque. Chaque année, de nouveaux forts s'ajoutèrent au camp retranché de Metz, alors l'une des plus formidables citadelles de l'Empire allemand.

Les effectifs de l'armée allemande, constamment renforcés, passèrent de 400 000 hommes en 1871 à 800 000 hommes et 110 000 sous-officiers professionnels en 1913. Dès 1874, Bismarck obtenait pour sept ans le vote du budget et des crédits militaires ; à chaque fois que celui était demandé, le Reichstag votait avec empressement l'accroissement des effectifs, la réforme de l'artillerie, le développement des services techniques, la prolongation du service dans la réserve jusqu'à 29 ans dans la Landwehr et jusqu'à 45 ans dans la Landsturm.

La loi de 1894 établit le service militaire de 2 ans dans l'infanterie et maintient celui de 3 ans dans les autres armes.

A partir de 1911, les lois militaires se succédèrent sans arrêt chaque année ; elles consacraient - surtout celle de 1913 - des succès énormes à l'aviation, au génie et à l'artillerie. En trois ans, l'effort militaire équivalait aux efforts accomplis dans les quarante années qui suivirent la guerre de 1870 et ne purent s'expliquer que par la volonté d'entrer en guerre dès l'occasion se présenterait.

Zeppelin

Les premiers mois de la guerre de 1914 devaient révéler l'énorme avance prise par les Allemands en artillerie lourde à longue portée, en mitrailleuses, en aviation, en ballons dirigeables (Zeppelin).

La flotte de guerre, qui existait à peine en 1870, dépassait de beaucoup la flotte française en 1918 et venait au second rang dans le monde. Elle s'était enrichie d'un nouveau type de navires : les croiseurs cuirassés géants et plus tard de sous-marins.

Les dirigeants du Reich eurent soin de fortifier l'esprit et la discipline militaires de toute une nation, dans l'élite comme dans la masse. Bismarck demandait à son pays de rester "toujours en vedette" et le Kaiser de garder "sa poudre sèche et son glaive aiguisé".

Le culte de l'armée fut développé très tôt chez les enfants à l'école et entretenu par les innombrables associations sportives et patriotiques. Il n'était pas un Allemand, même parmi les socialistes, qui ne tint l'effort militaire pour une nécessité bienveillante et glorieuse.